Décembre-1925

Cahier n°21

2 décembre [1925]

Je profite du retour de mon Exposition des Arts Décoratifs pour installer mieux mes ateliers.

4 [décembre 1925]

Trouvé l'arrangement du blocage des chevaux[1].

7 [décembre 1925]

Reçu la visite de M. Javal, homme d'aspect vif et intelligent. M. Javal est éditeur de livres de luxe. Il venait me demander de faire en eaux-fortes une illustration[2] de l'Enfer de Dante. C'est tentant, ce serait évidemment passionnant. Mais le temps ! Le temps ! Et je n'ai jamais fait d'eau-forte.

9 [décembre 1925]

Amusant de traiter une esquisse librement, de se laisser aller à sa fantaisie comme je le fais pour l'arrangement du monument d'Alger. Tout cela dans une grande donnée architecturale.

10 [décembre 1925]

M. Javal est revenu aujourd'hui avec son associé M. Bourdeaux . J'ai eu beau leur dire que je n'avais pas le temps, que je ne pouvais accepter aucun délai pour l'achèvement de ce travail, ils insistent tellement que je finis par accepter.

19 [décembre 1925]

Terminé le buste d'Anne Bokanowski. On installe les pierres pour le monument Colonne.

20 [décembre 1925]

C'est vraiment une belle collection qu'avait fait Lapauze, je ne la connaissais pas, l'ai vu aujourd'hui pour la première fois au Petit Palais, dans cet appartement amusant, où Mme Lapauze est encore jusqu'à ce que le successeur soit nommé. Il y a là une collection remarquable de Ingres, un formidable Reynolds.

22 [décembre 1925]

Je commence à être content de l'esquisse d'Alger, plutôt de l'étude, c'est plus qu'une esquisse. Difficile !

Je me décide à envoyer à Darracq ce buste en terre cuite de sa femme. Ce n'est pas beau. Mais que faire avec ces photographies et cette physionomie incroyablement mobile. Et puis c'est absurde cette histoire, ce bonhomme qui s'est mis dans la tête que je lui donne pour rien le buste en marbre de sa femme. C'est tout autre chose une statue commémorative et un buste.

23 [décembre 1925]

Les travaux vont.

28 [décembre 1925]

Je ne suis pas très enthousiaste du Joueur de viole de Raoul[3]. C'est moins bien que la Habanara. Il y a pourtant là une belle idée poétique. Chaque moment de la vie correspond à une corde du violon. Mais il n'y a que le point de départ. La réalisation est un peu banale. J'ai retrouvé tous les trucs du théâtre. Par moments on pense à Massenet ! J'ai été déçu. Quand on évoque à côté de ça, l'originalité qui ne se dément pas une fois de la Habanara, son caractère.

 

Se termine cette année 1925. J'écrivais un jour que je ne m'estimerais que lorsque dans mon atelier se dresseraient des fragments du Temple. 1925 est un commencement. Commencement très important, car l'idée est lancée et la façon dont elle a été accueillie est plus qu'encourageante. Je suis maintenant obligé d'arrêter, de terminer mes commandes et de boucher le trou. Mais je me promets à moi-même de ne pas m'arrêter-là. Peut-être cette exposition suffira-t-elle et pourrai-je, quand je m'y remettrai, me dire que c'est pour la définitive réalisation. J'espère que les Blumenthal ne se déroberont pas tout à fait. Quelle déception après l'espoir qu'ils m'avaient donné. Si quelques années se passent sans que rien de définitif arrive, je recommencerai par mes propres moyens. Ainsi peut-être, arriverai-je à en réaliser à moi tout seul, tout au moins les modèles. De la confiance, de l'énergie et de l'audace.

 

[1]    . Pour le monument d'Alger, Le Pavois.

[2]    . Au lieu de : "édition", raturé.

[3]    Raoul Laparra.