Décembre-1931

Cahier n°30

1er décembre [1931]

Les conseils de Bouchard étaient bons. Les plis plus nombreux à la base donnent plus de richesse. La chevelure aussi fait mieux, surtout de profil où j’ai un plan magnifiquement sculptural. J’arriverai à rendre sculpturale la main droite tombant ouverte, ce sera d’un sentiment très supérieur à ce qui est actuellement.

Passé un moment à la galerie Pigalle pour l’inauguration de l’exposition de la loterie de l'École. Petsche inaugurait. Il a tout de suite compris Chabas à propos des Tuileries. Il obéit aux ordres d’Herriot. Le pauvre Chabas fait ce qu’il peut.

Profité de ce j’étais dans Paris pour faire un tour au Salon d’automne. N’y ai regardé que la sculpture. Les meilleures choses sont deux bustes de Philippe Besnard, vraiment très bons. Lamourdedieu montre un grand groupe (un Homme terrassant un taureau) qui n’est pas mal, mais d’une bien faible exécution. On croirait l’œuvre d’un débutant. De Maillol une grosse femme assise, la tête appuyée sur la main, comme si elle dormait. Serait-ce une Pénélope? Une de plus et bien mauvaise. Qu’il aille donc voir celle de Cavelier à Dampierre. Il verra ce que c’est que l’antique bien compris, c’est-à-dire une œuvre puisant sa sève dans la nature et l’émotion et exécutée sans défaillance. Gimond expose des bustes qui ne sont que des sous Despiau. Il y a si longtemps déjà que Despiau n’exécute lui-même que des sous Despiau qu’il est naturel que des hommes très faibles comme ce petit Gimond soient considérés comme des "chefs d’École". De quelles écoles? Celles qui ne savent pas construire. Il y a aussi une statue de Guénot qui est le type parfait de ce qu’on reproche à la Société des Artistes français de nous montrer à satiété, avec raison. Époque de duperie.

2 décembre [1931]

"En art, il n’y a pas de détail. Chaque jour, chaque heure de travail, surtout vers la fin d’une œuvre confirme cette vérité. Des déplacements de plis de quelques millimètres. Un arrondi très légèrement plus prononcé du bouclier, le mouvement d’une mèche de cheveux, etc.. tout cela améliore, fait même considérablement gagner ma statue de La France[1] qui sera terminée cette semaine. Il ne s’agit en fait que du petit modèle au quart. Mais il est tellement étudié que la grande figure n’apportera sans doute aucun changement. Toutes les déformations sont prévues.

Téléphone d’un M. X pour un rendez-vous pour un médaillon d’un ingénieur de houillères.

3 [décembre 1931]

J’ai enfin terminé le catalogue "complet" de mon œuvre pour le livre de Isay. Je lui ai porté tout à l’heure chez Weber où nous avions rendez-vous. On hésite à s'avouer à soi-même le fond de sa pensée. Évidemment cette étude d’Isay c’est très élogieux. Mais c’est élogieux à l’envers. Il a fait ce travail surtout pour se servir lui-même. Il n’a pas étudié solidement le sujet. Même parlant seul pour soi-même j’ai scrupule à penser que le sujet valait d’être mieux étudié. Quelque soit le sujet que l’on traite il faut l’étudier sans idées préconçues et librement. Or ce brave garçon n’a que des idées préconçues, il a la tête farcie d’idées toutes faites, et de formules. Dès le début : il fait de mon David qu’il qualifie académie d’École. À croire qu’il ne l’a pas regardé. David est le contraire d’une académie d’École. Il est au contraire d’une liberté totale, et c’est une caractéristique, je crois de n’avoir jamais été d’aucune École, je parle comme esprit. Le Berger des Fils de Caïn, dit-il, est frère de David, en quoi? et se ressent encore de l’influence de l'École? Il en est au contraire aussi loin que possible. La seule influence qu’on y puisse trouver est celle de Rodin, pour la liberté. Autrement rien d’autre que la nature et mon imagination. La seule œuvre de moi qui aurait ce caractère serait mon Héros. Car si pour aucune des autres[2] je n’ai pensé à des œuvres existantes, pour lui j’ai pensé aux Apollon archaïques. Peut-être est-ce la raison que[3] je commence à l’aimer moins. Je le trouve un peu froid. Aussi bien devrait-il être continué, les dessins sont un peu empâtés encore, manquent de nerveux Je ne crois pas m’estimer au-dessus de ma valeur en répétant[4] que ni l'École des beaux-arts, ni l’art dit "moderne" ne m’ont influencé. Dès que je discerne quelque ressemblance entre mon ouvrage en cours et un ouvrage soit du passé, soit du présent, je m’empresse de changer. Il n’a pas marqué non plus de manière assez frappante l’idée centrale qui domine toute ma production, c’est-à-dire l’influence du Temple vers lequel toute l’œuvre tend, et qui projette sur elle sa lueur. Ceci marqué, il fallait montrer que mon œuvre est toujours avant tout[5] plastique. Toute idée, aussi abstraite soit-elle, est toujours pensée sculpturalement, transposée sculpturalement. Tant que l’idée n’a pas projeté le motif sculptural[6], n’est pas devenue prétexte à sculpture[7], elle n’est pas acceptée. C’était, il me semble le point intéressant, particulier. Sans doute, je ne pars presque jamais d’une pensée plastique en soi. En fait je ne la conçois pas[8]. Une idée littéraire, une émotion sentimentale, même très embryonnaires, seront toujours au départ. L’arrivée sera toujours de la sculpture, de la sculpture en soi, le morceau valant par lui-même. Le torse du Berger, la tête de Jabel, le torse du Héros, isolés (il faudra que je m’amuse un jour à le faire), sont des morceaux de sculpture prise valant tous les torses et fragments qu’on nous vante aujourd’hui. Ni Maillol, ni Despiau, ni Bourdelle, n’en ont pondu un qui les vaille, pour ne citer que les faux ténors. Mais pour faire une étude de ce genre, il aurait fallu avoir plus d’expérience et des connaissances que seul l’exercice du métier peut donner.

4 [décembre 1931]

D’entrée, comme ont dit en boxe, le général Dubail en arrivant, regarde son médaillon et me dit :

— Vous permettez, regardez mon cou, il n’est pas aussi épais.

Et il se met à se dévisser la tête pour me prouver que son cou est mince, fluet et sans plis de peau. Il me demande aussi de ne pas lui faire de poches sous les yeux. Il désire que je lui mette des épaulettes et que je fasse voir la plaque de grande croix de la Légion d’honneur, etc. Au cours de la conversation :

— Le Japon est le seul élément d’ordre en Asie. Il faut le laisser faire Je souhaite que la Russie déclare la guerre au Japon parce qu’elle serait battue, etc.

Première séance du buste de Mme Charles Meunier. Du caractère, sera très difficile.

Il parait que les partis de gauche (socialistes, Ligue des Droits de l’Homme, Anciens Combattants, etc.) organisent un immense meeting de réparation pour répondre au sabotage du congrès de la Paix de L[ouise] Weiss.

5 [décembre 1931]

Séance annuelle de l’Institut. Comme toutes les autres. La cantate de Dupont m’a fait moins bon effet avec orchestre qu’au piano. Chabas fait de la peine. Le pauvre se débat pour sauver la Société des A[rtistes] f[rançais] de l’attaque menée par le Salon des Tuileries aux abois, abrité maintenant derrière Herriot devant lequel Petsche foire. Chabas à l’air au bout de son rouleau. Il avait eu une séance avec Aman-Jean, Perret, Dejean, très pénible. Je le conçois. Ils ne sont sympathiques à voir ni les uns ni les autres, ne se ressemblant que par leur prétention. Perret est aussi raide que Aman-Jean est tordu et que Dejean est bête. Les autres, les Besnard, Simon, Desvallières, etc., se sont lâchement défilés. Au fond tout ça est d’un piètre intérêt[9].

Mais quelle consolation que la soirée de Gandhi. J'hésitais à y aller. J’aurai perdu le plus étonnant et réconfortant spectacle. Un homme émacié, tout en esprit, une sorte de Voltaire sombre. Expression étonnamment fine. Au milieu d’une foule vibrante, tout vêtu de blanc, il arrive. Tandis qu’on l’acclame, il s’accroupit[10] sur la table préparée devant lui, contraste moderne, alignés les noirs appareils récepteurs de T.S.F. Il ne me déplaît pas de penser que les paroles qu’il prononce sont entendues, diffusées à travers le monde. Je souhaite que certaines oreilles les aient entendues [11]. Certaines phrases portent plus loin que les canons à la plus longue portée. Quoi qu’on fasse la victoire restera au verbe.

Pendant une heure et demie Gandhi, absolument immobile, sans un geste des bras[12] sans déranger une seule fois ses jambes croisées, parla. Il parla de la non-violence, de la force de la non-violence, de sa certitude et de son espoir. Parlant à la France plus particulièrement il a dit :

— Vous avez, en 1789, donné un message au monde. Vous avez maintenant à compléter ce message. C’est le devoir de la France.

Une belle statue à faire : le saint.

6 [décembre 1931]

Buste de Lily. Plusieurs visites dont Leygues, Bottiau. Après-midi général Brécard avec un de ses amis général Duport. Ont reconnu immédiatement le général Dubail. J’ai l’impression qu’au fond de soi chacun trouve cet important personnage fort ridicule.

Je pense beaucoup à cette séance d’hier soir, très émouvante, à la ferveur avec laquelle on l’écoutait. Il y avait beaucoup d’hindous. Je pense de plus en plus qu’il n’y a pas de races inférieures. Il y a des lacunes de culture. Encore Gandhi a-t-il très justement dit que l’instruction n’a rien à voir avec les qualités du cœur. Et à une question posée sur ce qu’il pensait de l’attitude des églises chrétiennes devant le problème du désarmement :

— Je trouve les églises chrétiennes un peu timides, a-t-il doucement répondu.

La force de l’esprit : Ce petit homme qui ne doit pas peser plus de quarante kilos est moralement le maître d’un peuple qui représente le cinquième de la population du monde. Comme il a dit à ce peuple "non-violence" ce peuple se laisse battre. Comme il a dit à ce peuple "non-coopération" toute une industrie anglaise s’est effondrée. S’il disait demain à ce peuple : "bats-toi", qu’adviendrait-il?

7 [décembre 1931]

La France[13] sera finie demain. Madame Havard me donnera[14] encore une séance pour la maquette. Mais elle m’en donnera autant que j’en voudrais pour la grande statue. Je crois ma statue bien. Je ne peux guère aller plus loin dans cette taille. Maintenant je vais me mettre aux maquettes au cinquième des fontaines de S[ain]t-Cloud. Mais mon temps est dévoré par ces médailles, bustes qu’on me demande actuellement et que je n’ose pas refuser. Aujourd’hui visite de M. H. de Peyerimhoff pour la commande d’un grand médaillon d’un de leurs ingénieurs mort. Demain visite d’un avocat pour la médaille d’un cinquantenaire d’une inscription au barreau. De 9 h ½ à 10 h ¾ posera le général Dubail. À 11 h posera la jolie Mme Havard. Ce matin séance pour Montaigne. Cet après-midi la petite Combet pour La France, dernières retouches aux draperies. Demain après-midi buste de Madame Jeanne Briey (Charles Meunier). Mercredi matin, École des beaux-arts : c’est trop de dispersion. Lebret, l’architecte de la Ville demande des photographies des maquettes. Je ne les donnerai pas. Il les ferait publier par les journaux. Je lui téléphonerai demain. Je ne voudrais pas qu’on publie rien avant que mes compositions ne soient définitives.

C’est souvent assez longtemps après qu’on les a vu que certaines scènes nous réapparaissent sous leur forme picturale ou sculpturale, c’est-à-dire leur vraie forme. Ainsi je revois Gandhi, ce saint d’un autre âge au milieu de tous ces gens en veston. C’était un peu comme au dernier acte de la Jeanne, de B[ernard] Shaw, l’apparition du type en redingote. Cependant le spectacle de Gandhi n’avait absolument rien de comique. J’ai le souvenir de cette tache de lumière au milieu de tous ce gris. Cette vision n’est-elle pas symbole? Moralement je garde le souvenir aussi de la ferveur ardente avec laquelle on l’écoutait. Ainsi les êtres par millions à travers le monde, aspirent à entendre, à croire, à obéir à des paroles de moralité supérieure. Mais il y aurait une jolie esquisse à faire de cette ambiance. Une autre esquisse à faire serait cette séance du Trocadéro, la fin, le moment où Jouvenel haranguait, gesticulait tandis que certains escaladaient la tribune que la foule se trouvait agitée de véritables mouvements de houle. Fond noir. L’éclairage blafard des visages. Tous ces visages crispés, la plupart hurlant. De ci de là, la tâche rouge d’une robe de femme, ou jaune.

8 décembre 1931

Excellente journée. De 8 h à 10 h ½, général Dubail. Puis on est venu me parler de la médaille d’un cinquantenaire au barreau. Vu la photo. Tête intéressante. De 11 h à 12 h ½, Madame Havard. Elle m’a paru fatiguée. Elle a un peu maigri. Pour ma statue c’est mieux. La tête a pris l’expression que je voulais. Je crois que c’est de mieux en mieux, vraiment. Après-midi, Madame Ch[arles] Meunier. En deux séances de 1 h ½, j’ai amené ce buste déjà à un bon point. Il ira vite. Il le faut. Il faut que je me débarrasse de tous ces travaux éparpillés pour me concentrer sur les fontaines et le tombeau. Les architectes me téléphonent qu’on désire avoir des photos. Je les refuse car c’est sûrement pour donner aux journaux. Je ne veux pas de publication prématurée. Mes deux collaborateurs sont un peu jeunes. À la ville on essaye de les bluffer.

La séance de ce matin avec le général Dubail a été intéressante. Il est supérieur à son premier aspect. Nous avons parlé du traité de paix. Il le reconnaît bien mauvais :

— Il faut rendre des colonies à l’Allemagne, c’est absurde de l’avoir ainsi renfermée sur elles-mêmes c’est comme l’Italie. Nous devrions lui abandonner la Syrie.

À propos de possibilités de guerre :

— Il faut être âne à manger du foin pour penser à faire la guerre aujourd’hui. On voit où ça mène. Ce sont les vainqueurs qui finissent par faire figure de vaincus.

Pas mal pour un général. À propos de la guerre elle-même je lui ai demandé si notre État Major avait prévu le mouvement tournant par la Belgique : Oui, en partie (il était chef d'État Major), général mais pas d’une telle ampleur. Sur la faute allemande de la 1ère Marne; les allemands avaient fait un Kriegsspiel et von Kluck avait attaqué Paris. De Moltke, dans sa critique, le reproche vivement et fit refaire la manœuvre sur carte avec destruction de l’armée française. C’est exactement cette manœuvre que répéta von Kluck en août. Nous aussi avions étudié un Kriegsspiel et Dubail dans les Vosges exécuta exactement la manœuvre étudiée. Il bloqua l’armée ennemie en ce point ce qui permit la suite de la manœuvre de Joffre. Heureusement pour la France que les attaques russes avaient obligé les Allemands à retirer de notre front plusieurs corps d’armée. Ces attaques russes, le général Dubail les avaient négociées en 1905. Il avait été envoyé en mission à Petrograd, avec tous les plans de campagne. C’était au moment de la tension d’Agadir L’Allemagne prévenue du passage de cette mission militaire française fit retourner d’urgence son attaché militaire en Russie, en vacances à ce moment. Il voyagea dans le même train que la mission Dubail. Les officiers français s’étaient partagés les plans et les portaient sur leur poitrine. On craignait la guerre. D’après ses dispositions de mobilisation, la Russie avait fait savoir à la France qu’elle ne pourrait attaquer l’Allemagne que 25 jours après la déclaration de guerre. Ces 25 jours donnaient à l’Allemagne le temps d’écraser l’armée française et de se retourner ensuite sur la Russie. La mission de Dubail était de persuader l'État Major russe d’attaquer avant que sa mobilisation ne soit achevée afin de retenir à tout prix sur son front d’importantes forces ennemies. L’accord fut conclu. Comme le général Dubail disait au ministre de la guerre russe d’alors qu’il serait bon que l’Allemagne soupçonna ce programme qui l'inquiéterait :

— Oh! soyez tranquille, dit le ministre russe, elle le saura. Elle le sait peut-être déjà.

La femme de ce ministre russe était allemande et tenait l’Allemagne au courant de tout ce qui se passait, se disait, se faisait. Quand Dubail revint en France avec l’accord signé, ce fut pour lui un grand succès. Il fut plus tard (1912-13) chargé d’étudier la coopération anglaise à la guerre que l’on sentait venir. Mais les gouvernements anglais et français ne voulaient pas paraître. Les États Majors seuls traitaient. Dubail pour la France. Wilson pour l’Angleterre. C’est ainsi qu’il fit construire au Havre, à Dieppe, à Boulogne, des docks de débarquement, car il n’y avait rien. Il décide aussi Wilson à promettre l’envoi immédiat, en cas de guerre, de six divisions au lieu de 4 prévues. Les accords portaient seulement les signatures Dubail et Wilson. C’est le général Wilson, nommé plus tard maréchal qui fut tué par des Irlandais après la guerre. À une question de moi le général m’a affirmé que l’Angleterre avait toujours été décidée à participer à nos côtés à la guerre contre l’Allemagne. Mais les deux gouvernements ne paraissaient pas. (Je crois être une des rares personnes ayant reçu de pareilles confidences).

L’Allemagne pouvait-elle ignorer ces projets? Il le semble. Elle ne se serait pas lancée dans l’aventure si elle avait eu cette certitude. Il est peut-être malheureux que le ministre de la Guerre anglais n’ait pas eu lui aussi comme épouse une Allemande.

Il parait que le chancelier allemand doit faire aujourd’hui de très importantes déclarations où il prendra nettement parti contre les Hitlériens.

9 [décembre 1931]

Conseil Supérieur des Beaux-Arts. Nomination des professeurs. L’intervention de Devambez, pour Prinet atteint par la limite d’âge. Assez spirituellement P[aul] Léon répondit qu’il était impossible de le maintenir. Tandis qu’il parlait, Besnard l’approuvait[15] disant que la limite d’âge à 70 ans était bien suffisante. Ceci dit à voix basse à P[aul] Léon. Quelques jours auparavant, devant moi il disait qu’il fallait réélire Prinet, que cette limite d’âge était absurde. Les trahisons de Besnard ne se comptent plus. Quel dommage. Ceci dit, bel artiste.

Jacques[16] nous arrive ce soir fort agité. Il vient d’avoir une entrevue avec un Allemand, émissaire d’Hitler venu à Paris en mission pour fonder un journal de rapprochement franco-allemand... Il a essayé d’acheter l’Intransigeant. Bailby lui a demandé 40 millions. Le Matin lui en a demandé 45. Alors on trouve plus avantageux de fonder un journal. Affaire fort délicate. Il me semble qu’il faudrait, en cas d’aboutissement, indiquer franchement que c’est une feuille internationale, tâcher d’obtenir des fonds d’autres nations. J’aimerais mieux que Jacques fasse autre chose que du journalisme. Je souhaite que le théâtre lui réussisse et qu’il s’oriente à fond dans cette voie. Que de pièges dans le journalisme politique. Je souhaite aussi que les pourparlers n’aboutissent pas.

Les déclarations annoncées de Brüning. Attendons les actes. Il parait qu’en Allemagne tout le monde considère le gouvernement Brüning comme perdu. En tout cas les Allemands de tous les partis sont d’accord pour ne plus vouloir payer les réparations.

10 [décembre 1931]

Bon travail à l’esquisse Montaigne. Ce sera une statue amusante. J’y pense comme à un hors d’œuvre. En d’autres temps une statue comme celle là aurait suffit à occuper un sculpteur de nombreux mois. C’était mieux.

Mais perdu mon temps à l’esquisse de cette Victoire ailée pour le concours que fait Bigot (ouvert par la Ville de Paris pour l’aménagement de l’entrée de Paris, de la Défense à la porte Maillot). Ce doit être un de ces concours réglés d’avance.

11 [décembre 1931]

Fini le général Dubail, du moins je sentais qu’il en avait tellement assez de poser que je lui ai dit que c’était fini. Pas intéressant comme modèle. Il veut trop être flatté. Il me disait avoir dîné hier soir avec Laval qui lui a dit que la situation budgétaire était tellement mauvaise, qu’elle deviendrait encore tellement plus mauvaise, qu’il faudrait en venir à une réduction générale des salaires, traitements, etc., de 10 %. Mais que cette mesure serait tellement impopulaire qu’on attendrait[17] les élections. La nouvelle Chambre recevra[18] un fameux héritage...

Très beau concert des Mauclair. Ils ont eu l’idée de donner les mélodies de Schumann qu’on ne chante jamais. Pourquoi ne les chante-t-on jamais? L’usage. Ce bon vieil usage. Exactement le même qui fait que les hommes s'entre-tuent parce qu’ils sont nés de l’un ou l’autre côté d’un fleuve, et qu’on se met en habit pour dîner en ville, etc., tout ça est aussi bête.

Recommencé à dessiner pour les fontaines de S[ain]t-Cloud[19] qui est le travail auquel je préférerais me consacrer à présent. J’en ai un peu assez de toutes ces médailles et bustes.

12 [décembre 1931]

Bouchard à qui je pose une question innocemment à propos de son affaire avec Bigot à Mondement me dit quelque chose de fantastique. Bigot lui a demandé de lui repasser 400 000 F sur le prix de son travail! Pour cette statue de 6 mètres en ciment Bouchard a demandé par conséquent 800 000 F. C’est à peine croyable. Et ces 400 000 F en trop sont la somme qui devait être consacrée à mes routes pour mon monument de Chalmont. Comme les crédits demandés par Bigot dépassent ceux prévus pour ces monuments[20], en fin de compte, le grand service que j’ai rendu à Bigot en le désignant à P[aul] L[éon] finit par se retourner contre moi. Je comprends maintenant la visite qu’il m’a faite un jour, avant que nous n’allions avec P[aul] L[éon] à Chalmont, pour que je n’insiste pas auprès de P[aul] L[éon] pour que les crédits des routes soient donnés par les B[eau]x-Arts mais demandés à d’autres ministères. J’avais trouvé P[aul] Léon, qui se laisse facilement influencer, disposé en effet à ne plus vouloir s’occuper des routes. C’est Bigot qui l’avait préparé. Voilà comment on découvre le fond d’un homme qu’on croyait un ami, pour lequel je me suis toujours si fraternellement conduit. Il m’a bien roulé. Est-ce à cela que faisait allusion le pauvre Bottiau quand il est venu me voir, me disant qu’il y avait des histoires d’argent. Quand B[igot] est venu ce soir travaillé à sa Victoire, je n’avais vraiment plus aucun plaisir à le voir. Je suis trop indulgent. Je ne lui ai rien dit.

Mon esquisse Montaigne devient excellente. Mais je suis de plus en plus attiré par les fontaines de S[ain]t-Cloud.

Dîner chez Hourticq. Après le dîner discussion un moment fort animée sur la situation internationale. Le point de vue des partis de droite est réellement de réoccuper la rive gauche du Rhin, Mayence, etc.

— Parce que, me dit textuellement Hourticq, en ce moment nous sommes les plus forts tandis que dans dix ans nous ne le serons plus.

Où nous mèneront ces raisonnements! Combien je regrette que H[ourticq] si remarquable, soit dans de pareilles idées.

13 [décembre 1931]

Journée de cafard. J’ai l’impression que je n’avance en rien. Traîné dans l’atelier. La journée a passé à ne rien faire. Fatigué sans doute par la sortie d’hier soir. Agacé par la discussion avec un ami. Agacé par la malhonnêteté des deux autres, il n’y a malheureusement pas d’autre mot[21]. Si ça n’empêchait pas de faire les routes peut-être serais-je moins indigné! Tout au moins je serais plus indulgent.

Pour faire passer mon cafard, chez Salomon Reinach. Nous les trouvons assez changés tous les deux, très blancs, ratatinés, vieillis. Comme toujours nous avons passé une heure intéressante. Il y avait là ce savant autrichien Eisler. Il y avait le vieux J[ames] Frazer, bien vieilli aussi, gravement malade des yeux. Eisler qui s’occupe de questions économiques va faire paraître un livre sur la question actuelle. Son livre devait être annoncé au cinéma par lui-même. La censure a interdit cette annonce parce qu’il y avait cette phrase : "La crise actuelle pourrait être terminée en deux mois par une entente sincère entre les divers gouvernements." Où nous mène-t-on? Il disait aussi que la France continue à vouloir rétablir les Habsbourg sur le trône de Hongrie. C’est vraiment incroyable de voir la République travailler au rétablissement des trônes. C’est avec raison que quelqu’un tout à l’heure disait que ce n’est pas en haut lieu qu’il faut chercher des républicains en France.

Je suis parti en emportant un autre livre que m’a donné Reinach (Amalthée) rempli d’articles passionnants, notamment une étude que je ne connaissais pas sur la Vénus de Milo.

14 [décembre 1931]

Hier cafard. Nuit très mauvaise. Suis resté éveillé des heures et des heures. Résultat : excellente journée de travail! Matin à Montaigne. Esquisse terminée. Après-midi, j’ai enfin commencé les grandes études du premier pylône des fontaines de la porte de S[ain]t-Cloud[22]. Commencé par le groupe, la Seine, la figure de la Seine avec la fidèle petite Combet. Pataugé tout l’après-midi, sans énervement d’ailleurs. Mais parce que le parti général [n'est] pas encore trouvé. Je n’ai commencé à trouver que dans la dernière demi-heure. Après le départ de l’atelier j’ai trouvé la correction essentielle à faire. En ce moment même, tandis que j’écris, mon imagination fonctionne magnifiquement. La correction va consister en ceci : remonter toute la frise, les vignobles, les fleurs, les moissons, etc., jusqu’à ce que les têtes des personnes viennent presque buter contre la corniche. Le groupe de la Seine ne bouge pas de place[23]. Toute la partie basse du cylindre va donc se trouver sur environ un tiers de sa hauteur, vide. Je profiterai de ce vide pour me livrer à une fantaisie aquatique de personnages et d’animaux et de fleurs. La fantaisie la plus libre régnera dans toute la composition. Les personnages modernes s’y trouveront mêlés à des nudités mythologiques, un peu comme les Buveurs de Velázquez. Je crois que je peux être tranquille à présent. Demain dernière séance de Madame Havard pour La France. Après je finirai son buste en remerciement. Elle le mérite bien.

Téléphone de la Légion d’honneur. On m’annonce pour demain matin la visite de tout l'État-Major du grand chancelier.

15 [décembre 1931]

Le colonel Petit, le médecin inspecteur Paulin, et le chef du cabinet civil du général Dubail ont été très contents de la médaille. Elle est d’ailleurs très bonne. La question du képi est toujours pendante...

Puis visite de maître Duranty pour la médaille de maître Gondinet. Il faudra la commencer la semaine prochaine.

Puis, Madame Havard. Mais je n’ai pas fini encore. Je suis très content.

Hier soir, revenant du dîner des prix de Rome avec Paul Léon et Hautecœur, ils parlaient des œuvres qu’on envoyait en province et disaient qu’il ne fallait pas laisser partir la France de Bourdelle. Je ne sais quel ministre ou député voudrait l’installer sur la frontière des Alpes, en je ne sais quel lieu, regardant vers l’Italie! L’idée est parfaitement idiote, mais parfaitement adéquate à la statue. J'ai dit :

— Mais oui, il faut l’installer là. Si jamais les Italiens veulent venir, rien qu’en voyant cette statue ils se sauveront.

On changea de conversation. Je voulais parler à Paul Léon de mes routes à Chalmont. Il n’y a guère eu moyen à cause de Hautecœur qui nous avait couru après et qui n’a cessé d’entretenir le directeur d’expositions à l’étranger et de millions pour les organiser. Il doit aussi de ce côté là y avoir des trafics peu ordinaires. L’aventure que dévoila un jour Mauclair entrouvrait une fenêtre, vite refermée.

Déjeuner avec Morizet, Tony Garnier, Moreau-Vauthier au restaurant de la piscine. J’étais à côté de Mme Morizet. Tony Garnier de l’autre. Je n’ai donc guère pu causer avec lui. À ma gauche il y avait Debat-Ponsan. Très sympathique, intelligent.

Buste de Madame Charles Meunier. Voilà une femme remarquablement intelligente. Elle m’a parlé très finement des œuvres de Jacques[24]. Elle avait lu le Pèlerinage. Elle y trouve des qualités vraies, solides. Elle n’avait pas lu encore Les Vignes vierges. Je suis très curieux de son impression.

Fini la journée à l’Orangerie à la conférence de Rouchès sur les dessins italiens du XIVe, XVe, XVIe, exposés. C’était une réunion spéciale pour la Société des Amis de Delacroix. Il y avait Denis, d’Espagnat, Escholier, etc., et cette charmante comtesse de Waresquiel.

16 [décembre 1931]

Je déjeune à côté de Jean Vignaud. Parlant de Barbusse, il me dit qu’il a une fortune considérable. Exagération probable. Je regrette de ne plus voir Barbusse[25]. Il est certainement un des hommes les plus artistes et les plus sincères que j’ai connu. Il y avait au déjeuner Ulrich, l’ingénieur en chef du métro et M. Martin le directeur. Ce dernier me dit qu’ils tiennent Coty, qu’ils ne le lâcheront plus, qu’il ne pourra plus continuer longtemps sa politique d’injures, qu’il s’effondrera bientôt.

Départ pour S[ain]t-Avold.

17 [décembre 1931]

Retour des mines de la Sarre. Voyage trop rapide. C’est commode, mais des visions pareilles, entre deux trains, vous laissent plutôt le souvenir d’un spectacle théâtral que de la vérité de la vie. Ce progrès mécanique du transport empêche de sentir qu’on est transporté. La vie fugitive est ainsi rendue encore plus fugitive. Aussi hier soir à minuit, je buvais[26] de la bière dans un estaminet à la frontière de la France et de la Sarre, en Lorraine reconquise. Je regardais des joueurs de billard, sous l’éclairage blafard d’une lampe brutale. On discutait, on pérorait dans un patois allemand. On s’esclaffait. Rideau. La nuit. La rue froide. L’auto. Une maison assez cossue, comme toutes les grandes industries en ont, pour loger leurs ingénieurs supérieurs, leurs directeurs en voyage, nous abrite pour la nuit.

Ce matin, dans le brouillard[27], la mine. Des bâtiments gris. Les hautes carcasses de fer qui se perdent dans la brume. Des câbles énormes sortent de bouches ouvertes dans les murs et vont plonger plus loin tout droit dans la terre. De partout sortent des fumées, des toits des bâtiments, des fissures dans les murailles, de la terre. Il en sort même des cheminées. Tout cela dans un gris triste et fin où chantent en sourdine le ton rouge sang immobile des briques, et de ci, de là, les taches blafardes et mouvantes des visages des hommes.

Avant de visiter l’usine et la mine, les bureaux : propres, clairs, ils abritent des jeunes hommes sérieux, aimables. Ils viennent de toutes ces innombrables écoles, polytechnique, les mines, les écoles de province, S[ain]t-Étienne et autres où l’on forme ces ingénieurs, qu’une éducation réellement supérieure aura rendu aptes à s’assimiler rapidement les rouages des industries les plus diverses. En fait la diversité n’est que superficielle[28] et plus apparente que réelle. Il y a en tout une unité profonde. Le fonctionnement est à peu près partout le même. Ces messieurs qui me reçoivent sont très sympathiques, serviables et on me fait faire d’abord une tournée des machines. Dans d’énormes pièces, d’une propreté parfaite un homme est assis. Ses regards sont fixés sur un tableau fixé devant lui. Il tient un levier qu’il manœuvre comme un automobiliste ses changements de vitesse. Une sonnerie. Une lumière rouge qui surgit. Un déclenchement du levier. Aussitôt une roue immense en acier se met en mouvement enroulant ou déroulant ces câbles noirs que j’ai vu dehors traverser le brouillard et plonger dans le sol. En même temps de puissants pistons à droite et à gauche jouent[29] sur leurs bielles. Tout cela immense, ces roues ont au moins dix mètres de diamètre. Ces pistons au moins autant de longueur. Et tout cela dans un silence absolu. C’est la manœuvre de l’ascenseur. Ce sont les bennes de charbon qui montent pleines et redescendent vides. Puis voici la salle des chaudières pour la fabrication du coke. Par ici la propreté est forcément moins grande, elle est encore plus étonnante dans la salle de fabrication de l’électricité. Tout cela a une beauté. Je peux même dire une beauté parfaite. Une cheminée d’usine semble isolée dans un paysage, c’est laid. Un gros tuyau noir de captation d’eaux des torrents descendant à sa place la pente d’une montage, c’est laid. Mais une grande salle de machines, c’est fort beau. De hautes cheminées fumant dans un ciel gris, des carcasses de puits de mine dressées dans ces fumées et dans ce ciel, les fils du câble filant très haut horizontalement, des grues, des bâtiments rigides, impassibles, noirs de suie, tout cela était fort beau, complètement beau.

Nous nous sommes vêtus en mineur pour descendre. Avant d’arriver[30] à l’entrée, nous avons traversé la salle de déshabillage des mineurs. Spectacle extraordinaire, réellement indescriptible. C’est une salle qui a bien cinquante mètres de long et autant de large. Elle a bien une vingtaine de mètres de haut. Elle est traversée au centre par un assez large couloir. Des boxes pour le déshabillage d’une dizaine d’hommes. Ceci n’est rien. Mais pour ranger les vêtements de ces centaines d’hommes on a imaginé un système de suspension en l’air qui donne un effet extraordinaire. Chaque homme suspend en effet ses effets à un fil de fer qu’il tire en l’air, jusqu’au plafond au besoin. Ce fil est fixé en bas par un cadenas, et redescends lorsque l’homme vient se changer. Ces centaines de vêtements ainsi pendus, remplissant cette vaste salle depuis la voûte jusqu’à deux mètres environ du sol donne l’effet d’une sorte de gibet colossal. Taches blanches, taches grises, taches roses. Un léger soleil, ayant enfin percé le brouillard, caressait quelques unes de ces pauvres frusques et transformait celles-là en de précieuses étoffes. Cher soleil!

Après une descente de quelques centaines de mètres à pied, par une galerie commode, nous fûmes à l’ascenseur. Vérification soignée de nos lampes. Les mines de la Sarre sont très grisouteuses. L’ascenseur[31] (de l’eau[32] nous y arrosait assez abondamment), nous descendit à quelques centaines de mètres. Longue promenade dans des galeries d’abord assez éclairées, puis où nous n’avons plus bientôt que la lumière de nos lampes pour nous guider. Des rails[33] filent au milieu de toutes les galeries, parfois à une seule voie, parfois double[34]. Au haut des voûtes des tuyauteries pour l’électricité, pour l’air comprimé, pour l’air. Il y en a des kilomètres et des kilomètres[35]. On avance sans peine. Cette mine est d’exploitation commode, un phénomène géologique ayant renversé les filons et les ayant placés verticalement. Mais ces filons, pour quoi tout cela a été fait, pour quoi tout cela vit, on les aperçoit à peine. De temps en temps des ombres à peu près immobiles passent, face à la muraille noire. Elles ont en main des appareils qui ressemblent à des mitrailleuses, perforateurs [36] pneumatiques. Alors partout c’est le bruit mécanique. En somme ce n’est pas très impressionnant. C’est loin d’être aussi poignant que ces hommes piochant dans les mines de S[ain]t-Étienne que j’ai vus au moment du monument Jacquard. Cependant si, il y a quelque chose d’impressionnant quand même. C’est la pensée du dieu de la terre qui rode autour de nous, qui guette la moindre imprudence pour vous anéantir dans une formidable explosion. Il est terrible ce grisou. L’homme s’en défend d’assez élégante manière. Il a créé un courant d’air qui le chasse continuellement. Il suffirait d’un arrêt d’une demi heure pour que l’atmosphère devienne terriblement chargée. Avec le courant, le danger est un peu moins grand. Et le dieu n’a rien trouvé pour tourner la défense des hommes.

18 [décembre 1931]

Madame Havard : je suis très content de pas avoir encore moulé. Ma statue gagne à chaque séance. C’est vers la fin qu’il faut surtout se cramponner.

Après-midi, fontaines de S[ain]t-Cloud[37]. Composition difficile. Il faut être sain et original.

19 [décembre 1931]

Chez mon élève Rémy qui fait un bon groupe pour le Salon. À l’Institut, réception de Bigot. Curieux homme. L’homme certainement le plus compliqué que je connaisse. Il a l’air de l’être le plus naïf de la terre. Il n’y en a pas qui dans tous les domaines ait une imagination plus déréglée. Je croyais le connaître bien. Le dernier coup pour le monument de la Marne[38] est un acte découvert. Malgré ses défauts, il est attachant et je l’aime beaucoup.

20 [décembre 1931]

Un des disciples de Montaigne, M. Lamandé a beaucoup aimé aujourd’hui mon esquisse.

21 [décembre 1931]

Revers de la médaille de M. Lévy-Bruhl. Je fais un sculpteur primitif taillant[39] une idole dans le fond d’une caverne. Très amusant. Autour l’inscription donnée par M. L[évy]-B[ruhl] : "Mens non omnibus una, nec diversa tamen".

Fini la tête de La France avec Mme Havard, charmante[40] et bonne enfant, et vraiment d’une beauté particulière.

Après-midi aux fontaines de S[ain]t-Cloud. Interruption par la visite du docteur Armaingaud. Il est content aussi de la statue de Montaigne. Il faut maintenant me mettre d’accord avec les services de la Ville. Et au travail. Inauguration en 1933.

Jacques[41] nous racontait qu’à un déjeuner de gens importants et renseignés, on lui a affirmé que le parti Hitler en Allemagne était financé par les Anglais. Ils deviennent de plus en plus gallophobes, craignent une entente franco-allemande et feront tout pour l’empêcher. Il racontait aussi l’histoire suivante. Une entente était en train de se conclure avec la France, l’Italie et la Roumanie pour la construction d’un énorme pipe-line devant amener le pétrole roumain en France à ces raffineries énormes qui se construisent en ce moment autour de l’étang de Berre. Comme ce pipe-line devait passer par l’Italie des tractations étaient en cours pour une série de pactes, pacte de non-agression entre autres, participation de l’Italie à l’affaire, etc. Brusquement les pourparlers furent interrompus, sur ordre du gouvernement anglais, agissant à l’instigation de Dieterling, le directeur de la Royal Dutch. Et l’affaire se ferait entre l’Italie et la Roumanie seulement, pour la Royal Dutch...

22 [décembre 1931]

Revers médaille M. Lévy-Bruhl. Je crois que c’est bien.

Visite Ladis et Madame Thaleimer. Satisfaction complète de la médaille du général Dubail.

Visite du bureau du monument des Crapouillots pour le contrat.

23 [décembre 1931]

À l'École normale avec Isay, pour voir les photos du monument pour la publication S[ain]t-Andréa. Rien de fameux. Ce monument ne donnera jamais rien en photo, parce que la plaque des noms fait mal. Guilbert n’a pas construit son inscription. De plus on l’a lavée. On l’a repeinte. De sorte que les lettres comptent trop et tuent les accents des bas reliefs. J’ai envie de ne pas donner cette photo là.

À l’enterrement du pauvre sénateur Humblot.

École. Mes élèves copient le torse du Belvédère. Vraiment morceau magnifique. L’enthousiasme des hommes de la Renaissance lorsqu’on le découvrit se comprend[42]. Quelle révélation ce dut être. C’est comme un morceau naturel, une création de la nature. Le hasard a fait que les cassures en sont étonnamment heureuses.

Avec modèle médaille Lévy-Bruhl.

Je ne peux pas me mettre à fond à mes deux grandes œuvres.

24 [décembre 1931]

Commencé la médaille de maître Gondinet. Un petit monsieur rose, joufflu, barbu, emmitouflé, sympathique, mais bien peu sculptural! Mais tout peut se rendre en fin de compte sculpturalement, même le profil du bon maître Gondinet.

Déjeuner au Bœuf à la Mode. M. d’Andigné, Escholier et Locquin, qui est vraiment un homme bien sympathique. Il n’y a guère que dans le parti socialiste où l’on trouve de ces visages ouverts, francs, dont Jaurès était[43] la plus expressive image. Comparés avec les âpres faces de jouisseurs des Tardieu, Maginot, Flandin, etc. Comme Escholier me parlait de mon exposition 1925, d’Andigné à qui j’expliquais l’état du projet me dit :

— Il fallait m’en parler quand j’étais président du conseil. Je vous aurais fait donner le terrain de la manutention militaire du quai de Billy...

Aurait-ce été possible? Cela m’a donné un coup. On a parlé des difficultés des théâtres, des subventions que d’Andigné leur a fait voter par le conseil municipal, de la maison de Delacroix, pour la sauvegarde de laquelle Locquin essaiera d’avoir une subvention d’une vingtaine de mille francs à la Société des amis de Delacroix.

Peu travaillé l’après-midi aux fontaines de la porte S[ain]t-Cloud[44]. Passé chez Bigot, en pleine charrette pour son concours de la voie de la Victoire.

25 [décembre 1931]

Deuxième séance de m[aîtr]e Gondinet. Ça va. Même vite. Dessiné pour Bigot sa Victoire de 30 m[45]. Il est enfin content. Mais on n’arrivera jamais à rendre ce dessin. Il n’y a plus que deux jours.

26 [décembre 1931]

Visite de M. Lévy-Bruhl et de ses enfants. Ils ont paru tous enchantés, et lui particulièrement[46] de son revers. Le fait est que je le crois réussi. Et travaillant tous ces jours-ci je retrouvais des impressions de jeunesse quand je faisais des esquisses.

À l’hôtel de ville, séance d’une commission sans aucun intérêt que Darras présidait avec une dignité chaque année grandissante.

Visite émouvante à Madame Fontaine qui me remet des photographies du pauvre M. Fontaine.

Enfin, encore chez Bigot, que je trouve les mains noires de fusain, en train de salir une immense feuille de calque pour l’effet de nuit de la Victoire. Bigot, abîme de complexité, mais un des hommes les plus attachants que je connaisse. Après tout, non, je le comprends. Il a soixante ans. Il voudrait s’assurer une vieillesse sans soucis. Il me demande de revenir demain dessiner sa Victoire. Moi qui voulait rester chez moi tranquille.

27 [décembre 1931]

Dimanche actif. Toute la matinée au marbre de Lily[47]. Bigot, bien entendu m’a téléphoné pour m’appeler. J’ai donc passé à l'École mon après-midi à dessiner cette Victoire. Effet de nuit avec réflecteurs à la mode d’aujourd’hui. Mon Dieu, ça ne fait pas mal. Il aurait fallu plus de temps. Ce dessin m’a fait perdre la visite de Lucienne Favre, de passage et qui a passé l’après-midi ici avec Lily. Elle est venue avec sa belle-sœur, mariée à un de ces grands industriels du Nord, propriétaire des Tréfileries de Lens. Elle confirmait à Lily tout ce qui se dit et commence à se savoir un peu partout sur l’action des gros fabricants d’armements, leur action corruptrice.

J’ai rapporté à Lily le dernier volume des mémoires de Poincaré, le volume appelé, Verdun. Parcouru. Il ressort de plus en plus de cette lecture que la diplomatie des diplomates n’est pas d’un niveau très différent de la diplomatie des tables de café. Malgré tous les efforts de Poincaré pour le diminuer, Briand paraît comme le seul homme d’envergure. Mais Poincaré, super synthèse des notaires, ne pouvait que mépriser un homme qui n’a pas le respect sacro-saint des dossiers. Les notaires tueront la France. Et je note ce chant triomphant de Poincaré, début du chapitre VII, page 281 : "Journée splendide. Les prévisions météorologiques se sont réalisées. Les prévisions militaires également. L’offensive anglaise a pu commencer ce matin. Le sang coule à flots au nord de la Somme". Madame Georges Gaillard disait à Lily que Laval, il y a douze ans n’avait pas un sou, vivait dans un petit appartement du faubourg Saint-Martin. Il a aujourd’hui vingt-cinq millions... Aucun autre métier que la politique...

28 [décembre 1931]

Repris le bras tombant de La France[48] avec un modèle homme, ce qui ajoute au caractère. Ce modèle, un métis, a des membres très longs, très dessinés, vigoureux et élégants.

Passé chez Bigot. Il avait fait photographier le dessin de la Victoire, qui ne faisait pas mal du tout. L’ensemble du projet est bon. Le point faible est le manque de lien entre les points principaux. L’autre est la place de la porte Maillot avec cette statue de Clemenceau. Ce ne sera pas drôle. Il aurait fallu prévoir en pendant, le Poincaré! l’homme du "sang coule à flots".

Déjeuner chez tante Henriette[49] avec la toujours aussi attachante Lucienne Favre. Elle prépare un nouveau gros ouvrage, genre m’a-t-elle dit de, L'Homme derrière le mur, elle aura une pièce jouée l’année prochaine chez Baty, dont le milieu est Bab El Oued et qui s'appellera, Prosper.

Visite du Dr Armaingaud et de M. Abel Lefranc. Mon Montaigne plaît[50].

Enfin, réunion du comité d’Expansion artistique à l’étranger : Rouché, Paul Léon, Astruc, Brussel qui en est le créateur et l’animateur, Verne, Guiffrey, etc. Guiffrey a rendu compte de l’exposition de Londres qui sera, disait-il, magnifique. On envoi là-bas des journalistes (Thiébault-Sisson et autres) et en le disant Paul Léon faisait avec son index et son pouce le geste classique du monsieur qui compte des sous, en même temps qu’il souriait disant :

— La presse sera excellente.

Mariage de la petite Lise Daniels. Les demoiselles d’honneur avaient de fort réussies toilettes. Blanches avec des sortes de petits boléros en paillettes d’argent. Très élégants costumes de Walkyries.

Astruc annonçait, à la réunion du comité d’Expansion que les fonds étaient recueillis pour les monuments Debussy, Fauré. P[aul] L[éon] me demande si j’ai vu le monument Debussy des frères Martel. Je réponds que non. Il me dit avoir été le voir, qu’il trouve cela bien, qu’il devient de plus en plus moderne...

29 [décembre 1931]

En attendant m[aîtr]e Gondinet, travaillé au nouveau marbre du buste de Lily. Maître Gondinet n’est pas venu. J’ai donc presque achevé ce marbre. Après-midi aux fontaines S[ain]t-Cloud. Les mouleurs ont terminé l’architecture du sarcophage Foch. La cire m’est annoncée. Je vais être bientôt en plein dans ces deux gros morceaux.

Chez Jacques[51] dont je n’avais pas encore examiné attentivement l’appartement où vivra ma petite Nadine[52]. Elle y sera très bien.

30 [décembre 1931]

Pas encore fini cette France[53]. Travaillé au bras droit. Je ne regrette pas tout ce retard. Cette statue est bien. J’en suis sûr. Elle est très supérieure à toutes les statues de la France faites jusqu’à ce jour. Elle est sans réminiscence. Ce n’est pas une Pallas Athéna démarquée. Elle n’a pas ce visage conventionnel qu’on a l’habitude de donner à ces effigies [54]. Elle est au contraire très individuelle; je suis sûr qu’avec le temps cette statue prendra sa place. Il faudrait la montrer à Paris avant de la mettre en place.

Après-midi fontaines de S[ain]t-Cloud[55] avec une autre fort jolie modèle, à type un peu asiatique et qui ferait très bien en danseuse cambodgienne. Que de projets non réalisés. Et pourtant je travaille.

Gentil dîner chez Marguerite Long avec Ravel. Il y avait Lacretelle, l’écrivain et le jeune Février. Ravel très sympathique vraiment, intelligent. Il vient de terminer un grand concerto pour piano et orchestre que Marguerite Long va créer. On doit le jouer salle Pleyel dans le courant de ce mois, puis ils partent tous deux en grande tournée à travers l’Europe. On a parlé politique, bien entendu. Ravel tout à fait dans nos idées. Lacretelle était très impressionné par les récits que lui avait fait un de ses amis retour de Russie d’où il ressortirait que les choses là-bas s’organiseraient, et que surtout tout le peuple russe est acquis mystiquement à la doctrine communiste, qu’il accepte pour son triomphe toutes les souffrances. Le jeune Février, très sincère disait, quand Lily lui expliquait tous les trafics des marchands d’armements :

— Je n’ai jamais entendu cela. Je suis stupéfait.

Ainsi des milliers et des milliers de jeunes bourgeois français vivent dans l’ignorance du fond des choses. Tant que la bourgeoisie ne sera pas éclairée, rien ne changera.

31 [décembre 1931]

Matinée au marbre de Lily[56]. Mettre la dernière main à une œuvre, la perler est aussi passionnant que les recherches de composition de ses commencements. Déjeuner chez Ladis avec les Benj[amin], les Joseph et Monsieur et Madame Bouisson. Madame beaucoup mieux et toujours son expression franche et charmante. Le président après le déjeuner, disait qu’il avait sauvé le ministère dernièrement, à la suite d’une demande de scrutin public, pendant une séance de nuit. Il considère du devoir d’un président d’être gouvernemental. Cas singulier que le sien puisqu’il est socialiste unifié et qu’il a été élu à la présidence par les ennemis du gouvernement. Sa grande admiration est Tardieu. Comme je lui disais que malgré son intelligence il n’avait cependant rien apporté de neuf et que ce ne serait certainement pas lui qui apporterait la détente :

— Mais oui, il l’apporterait s’il venait aux Affaires étrangères.

En faisant quoi?

— Je n’en sais rien. C’est le seul homme qui puisse l’apporter.

Conversation d’ordre général ensuite où M. Bouisson affirme que la seule politique actuelle pour la France est de ne rien faire, rien proposer, attendre, sans nous inquiéter de ce qui peut se passer autour de nous, que l’Allemagne fasse faillite, qu’il y ait révolution hitlérienne ou communiste, etc.

Fini ma journée à une petite fête d’étudiants où j’avais accepté d’être juge pour le concours du plus joli visage de France, salle Gaveau. Une sélection d’une douzaine de ravissantes jeunes filles défilèrent sous nos yeux. Comme on demandait à quelques-unes ce qu’elles faisaient, elles annonçaient la qualité d’étudiantes en lettres ou autres, qu’il ne fallait pas trop approfondir et toutes, sauf une qui veut entrer au conservatoire et une autre qui s’est annoncée mannequin, aspirent au cinéma. Nous avons décerné la palme à une fort belle fille. Je crois que c’est surtout un brevet de haute prostitution que nous lui avons décerné là. On va la balader dans des music-halls. On va l’exhiber sur des plages. Elle fera peut-être du cinéma. Elle fera sûrement autre chose.

Et voilà une année finie. J’ai bien travaillé. Trois inaugurations importantes : de Grasse, Douglas Haig, Paul Adam. Le groupe des Fantômes en granit est achevé, le modèle de La France. Buste de Madame Bouisson et de Breguet. Médailles Mennesson, Bérenger, Dubail, Lévy-Bruhl. Le Cantique des cantiques (inachevé), [...] du monument Widal, le buste, aux bas-reliefs. En somme de la besogne abattue. Rien de négligé. J’ai été jusqu’au bout de tout. Je continuerai ainsi, en me faisait aider le moins possible, juste pour la grosse besogne fatigante.

Devant moi, qu’est-ce que je vois? Le tombeau Foch. Oeuvre considérable. Les fontaines S[ain]t-Cloud, autre œuvre considérable. Le monument Fauré. Le monument Widal. Celui des Crapouillots; peut-être, probablement celui de Norman Prince. Le buste de A[rthur] Fontaine. Le petit bibelot Montefiore et les bustes et médailles à venir, peut-être d’autres grosses choses. Un rude programme. Où tout est intéressant. Quand je me vois travaillant à ces mouvements d’armées du sarcophage Foch, je frémis de joie, comme lorsque je travaille aux grandes études des fontaines qui seront pleines de fantaisie. Le monument Fauré sera un régal. Une femme et des cygnes : les deux plus beaux animaux de la création et allant si parfaitement ensemble. Un peu moins intéressant les monuments Widal et des Crapouillots, mais dont le résultat sera important. Le monument Widal ouvrira une voie nouvelle[57] pour ces sortes de monuments. J’ai bien le droit de le penser pour moi-même, de même que mon monument Jacquard de S[ain]t-Étienne. Mais ce n’est pas dans la profondeur qu’on juge, qu’on classe les artistes. C’est sur l’aspect superficiel. Une excentricité d’apparence accrochée à une conception vieille comme les rues sera appelée moderne, tandis qu’une conception monumentale réellement neuve, réalisée solidement, sainement, comme à cause de cette santé même elle n’étonnera pas, sa nouveauté profonde, riche de vrai avenir, n'apparaîtra pas de manière tapageuse. J’ai le droit de dire que mon monument Jacquard, venu avant le monument de Genève, est une conception neuve de l’art monumental commémoratif. Le monument de Genève (je ne suis là qu’un collaborateur) n’a pas la place qu’il mérite. Mon monument d’Alger est une conception neuve, et mes murs sculptés du Temple de l’homme ont prouvé tout ce qu’ils contenaient de richesse sculpturale par la réalisation de Janniot au musée des Colonies. C’est vexant. Mais tout prendra un jour sa vraie place. L’essentiel est de continuer à se bien porter. De tâcher de produire longtemps encore et bien. La longévité est aussi une force, surtout pour les hommes comme moi, à développement lent. Il est absolument vrai que l’âge, la possession de son métier, donnent une audace de plus en plus grande, la vraie, basée sur certaines certitudes acquises à force de travail et de recommencements. Il faut absolument que je sorte au moins un de mes murs! Mais on est paralysé maintenant par les pertes que l’on a faites de tout l’argent mis de côté pour ces réalisations là. Il faut reconstituer son pécule.

Tandis que la plupart des gens ce soir, soit réunis en nombre chez eux, soit au théâtre, soit dans les restaurants, passent d’une année à l’autre dans le même tourbillon, je suis seul dans le silence de ma maison. Ma pauvre Lily[58], un peu souffrante, est dans son lit. Ne vaudrait-il pas mieux s’isoler dans la méditation, revoir sa vie, et même quoiqu’on soit[59] au seuil de sa vieillesse, se promettre d’essayer de faire mieux... Si on était réellement aussi bien qu’on l’est dans son journal de bord!

 

[1]    Les Fantômes.

[2]    . Au lieu de : "de mes autres œuvres", raturé.

[3]    . Au lieu de : "Peut-être est-ce pour cela que de mes ouvrages", raturé.

[4]    . Au lieu de : "en disant", raturé.

[5]    . Suivi par : "éminement", raturé.

[6]    . Au lieu de : "l'œuvre sculpturale", raturé.

[7]    . Au lieu de :"motif éminement sculptural", raturé. Suivi par : "l'idée est répétée", raturé.

[8]    . Suivi par : "Une pensée même", raturé.

[9]    . Suivi par : "Il est pénible de voir les gens", raturé.

[10]  . Au lieu de : "il s'assied accroupi", raturé.

[11]  . Au lieu de : "les entendent", raturé.

[12]  . Suivi par : "et des jambes", raturé.

[13]  Les Fantômes.

[14]  . Suivi par : "une dernière séance", raturé.

[15]  . Suivi par : "Quelques jours auparavant", raturé.

[16]  Chabannes.

[17]  . Au lieu de : "remettrait", raturé.

[18]  . Au lieu de : "aura", raturé.

[19]  Les Sources de la Seine.

[20]  . Précédé par : "pour ces sortes de", raturé.

[21]  . Suivi par : "Pour faire passer mon", raturé.

[22]  Les Sources de la Seine.

[23]  . Suivi par : "Tout le long de la base", raturé.

[24]  Chabannes.

[25]  . Suivi par : "Départ pour S[ain]t-Avold", raturé.

[26]  . Au lieu de : "je prenais", raturé.

[27]  . Suivi par : "l'arrivée soudaine au milieu de fumées", raturé.

[28]  . Au lieu de : "apparente", raturé.

[29]  . Suivi par : "silencieusement", raturé.

[30]  . Suivi par : "au puits", raturé.

[31]  . Suivi par : "dans lequel tombait abondamment de l'eau", raturé.

[32]  . Suivi par : "coulait", raturé.

[33]  . Suivi par : "partout sont au milieu de la voie", "suivent partout", raturé.

[34]  . Au lieu de : "parfois simples, parfois à double voies", raturé. Suivi par : "Le long des voutes", raturé.

[35]  . Suivi par : "Ce que l'on voit", raturé.

[36]  . Précedé par : "énormes", raturé.

[37]  Sources de la Seine.

[38]  . Suivi par : "a été pour moi", raturé.

[39]  . Au lieu de : "sculptant", raturé.

[40]  . Suivi par : "vraiment charmante", raturé.

[41]  Chabannes.

[42]  . Au lieu de : "s'explique", raturé.

[43]  . Suivi par : "la synthèse", raturé.

[44]  Sources de la Seine.

[45]  . Suivi par : "Cet homme", raturé.

[46]  . Au lieu de : "surtout", raturé.

[47]  Landowski Paul Madame.

[48]  Les Fantômes.

[49]  Henriette Thomson.

[50]  . Suivi par : "décidemment", raturé.

[51]  Chabannes.

[52]  Nadine Landowski-Chabannes.

[53]  Les Fantômes.

[54]  . Au lieu de : "statues", raturé.

[55]  Sources de la Seine.

[56]  Landowski Paul Madame.

[57]  . Au lieu de :" marquera toute une directive", raturé.

[58]  Amélie Landowski.

[59]  . Au lieu de : "quand on est", raturé.