Décembre-1916

Cahier n°4

 

1 décembre [1916. Genève]

René-Jean, Paul Reboux et de Pourtalès sont venus visiter le monument. Ils en avaient l'air tout à fait satisfait et impressionné. De Pourtalès me donne la bonne nouvelle que notre sursis est prolongé. Nous en sommes fort heureux. Nous voici certains maintenant de terminer le monument. Il me reste à terminer le bas-relief du Mayflower qui vient bien. J'ai fait le profil de Laverrière dont le modèle a été fait par Bouchard dans le coin de gauche, et celui de Taillens dans le coin de droite. J'ai rajouté beaucoup de figures. Gros intérêt de travailler ainsi directement dans la matière. On devrait pouvoir toujours travailler ainsi. Le bas-relief anglais est en train de s'ébaucher. Je compte que vers le 15 janvier [1], la mise-aux-points sera terminée. Et il y aura beaucoup moins à retoucher sur la pierre que pour les autres. Maintenant nous allons commencer les deux figures qui doivent être sur les deux stèles au milieu des escaliers de bout. Pour ma part, j'ai à faire la figure de Cranmer, évêque anglican. C'est une belle figure à faire. J'espère bien avoir terminé tout cela pour la fin janvier. Après la guerre, il n'y aura donc plus rien d'autre à faire que l'exécution en pierre de ces deux stèles [2]. Ce sera très peu de chose. En définitive, le monument sera complètement terminé dans deux mois. Le jour où la guerre finira, nous pourrons prendre tout de suite toutes nos dispositions pour entreprendre enfin l'exécution du "Cloître [3]" et quitter Paris pour longtemps, le temps de l'exécuter.

6 décembre [1916. Genève]

Premier anniversaire de notre mariage que nous pouvons passer ensemble.

Le jeune Grasset, l'éditeur, vient déjeuner, sautillant, ultra-parisien, je revois un [4] type classique de nos jeunes salonniers. Très sympathique cependant. Causerie sautillante. À peine était-il parti, Paul Reboux vient me chercher. Toujours dans l'expectative. M'accompagne jusqu'aux Bastions. Nous causons de la situation en Grèce. Il m'assure que l'Italie a proposé depuis longtemps de liquider la situation grecque, qu'elle a une armée d'au moins 300 000 hommes. Mais elle veut les coudées franches. On les lui refuse. En vérité, les intérêts dynastiques d'un roi ennemi passeraient-ils avant les intérêts des peuples de l'Entente qui luttent depuis si longtemps !

Travaillé au Mayflower.

Avec un plaisir immense, je recommence les plans de mon grand projet, perdus au début de la guerre.

7 [décembre 1916. Genève]

Au théâtre [de] La Comédie. Construction moderne. La Société qui le construisit ne devait guère avoir d'argent. La disposition en est bonne. Aucune recherche décorative. C'est certainement une des raisons qui font la salle sympathique, malgré bien des imperfections et la froideur. Il est dommage que les mêmes nécessités d'économies n'aient pas fait supprimer les trois clefs décoratives de la façade. Elles n'ont sans doute pas coûté cher. Elles n'en sont pas moins mauvaises. Au programme : Chatterton et le Marchand de Soleil. Chatterton est une pièce remarquable [5]. Le public était très pris. La meilleure preuve en est dans le fait suivant : au troisième acte, en se jetant à genoux, Chatterton déchira sa culotte, largement. Le public ne rit point. Acteurs très bons. Le Marchand de Soleil renfermait une heureuse idée. L'exécution n'est pas fameuse. Mais très bien joué.

Le matin, travaillé au Mayflower. Si le temps voulait bien ne pas être trop froid, il serait rapidement terminé. Ce bas-relief vient bien et sera un des bons, j'espère, du monument.

Je pense de nouveau à un théâtre du B[oulevar]d des Philosophes. J'évoque en même temps cette salle de l'Opéra-Comique de Paris, si mal disposée, où certaines places tournent littéralement le dos à la scène et à toute cette pâtisserie décorative que l'on veut, je ne sais vraiment pourquoi, nous persuader être la caractéristique de "l'art français". Combien, malgré ses pauvretés et sa froideur je préfère cette salle modeste de La Comédie, à Genève.

On s'efforce de ne pas trop penser en ce moment aux nouvelles de la guerre. Elles sont si lamentables, la pensée de ce qui se passe en Roumanie est plus triste que tout ! Surtout quand on se dit que ce malheureux pays aurait pu si bien se tenir à l'écart de cette tragique aventure. En Grèce, étant donné tout le temps déjà perdu depuis l'attentat, il ne pourra plus rien sortir de bon. En ce moment [6], un flottement terriblement angoissant dans notre camp. Le boxeur qui vient de recevoir un coup dur et qui ne sait plus très bien ce qu'il va faire...

10 [décembre 1916. Genève]

Dîner au Cercle des Arts. Milieu des plus sympathiques. Je pense à d'analogues dîners de Paris : anciens prix de Rome, cercle Volney, anciens élèves d'atelier, etc. J'aime peu ces réunions. Je m'y ennuie d'ordinaire et j'y ai tout de suite sommeil. Nous ne nous sommes pas ennuyés hier soir. J[aques]-Dalcroze est un homme d'une étonnante fantaisie. Sa drôlerie est en partie faite de ce que son physique n'en n'a aucune.

Travaillé toute la journée aux premiers croquis du "Cloître". Il faut absolument que je trouve un titre à ce projet. Très difficile à trouver.

Un des meilleurs passages de Chatterton, sinon le meilleur, est celui où le malheureux, humilié, résigné, se cabre sous la dernière insulte, s'empoisonne et se redresse, libre. C'est magnifique. Des mots prophétiques dans cette pièce : "Un jour viendra où l'humanité aura un bloc d'acier à la place du cœur". Nous y sommes.

Reçu enfin une bonne lettre de Ladis.

11 [décembre 1916. Genève]

Recherches chez le costumier du théâtre pour les robes d'Olivetan et Cranmer, les deux dernières statues restant à faire. En me trouvant au milieu de toutes ces défroques, je me croyais au temps lointain où l'on se déguisait pour les Quat'Z-Arts ! C'était obligatoire.

Travaillé à l'esquisse de Cranmer.

Sur le monument, une équipe de jeunes farceurs patine les lettres en perdant bien du temps.

Passé chez Mme Medwed. Elle revenait de Berne où elle avait assisté à l'arrivée des internés nouveaux venant d'Allemagne. Ils sont, paraît-il, dans un état lamentable, mourant de faim, à la lettre. Elle a pensé à demander des nouvelles de Gontran [7] à l'un de ces malheureux venant du même camp. Il lui a dit qu'il était question de la venue de G[ontran] en Suisse. Mais ne l'avait pas vu au départ de son détachement.

15 [décembre 1916. Genève]

Ne pas répondre à la lettre que Will[iam [8]] vient de m'écrire est une victoire que je remporte sur moi-même. Nous ne comprenons pas l'amitié de la même façon. Son amour du commérage et son besoin de faire la leçon aux gens l'emportent sur tout. Je m'efforcerai de ne pas le faire trop voir, mais comment oublier qu'à propos de cette discussion avec Bouchard, ne connaissant que la version de Bouchard par Bouchard, il l'a immédiatement accueillie et est venu sottement me faire la leçon. Il a cherché à m'humilier. On a du mal à ne pas réagir violemment. Je me dis que cela ne servirait de rien. Puis il y a un trop beau passé d'amitié entre nous. Puis, je sais très bien que si je lui disais ou écrivais des choses qui lui feraient de la peine, j'en aurais moi-même une infinie après, j'aime mieux ravaler mes rancœurs, et ne rien dire, laisser passer le temps, comme j'ai fait lors de mon retour de Rome où si souvent il me fit de la peine en venant me répéter le moindre commérage qu'il entendait sur moi ; mais surtout sa vie double, tellement en contradiction avec sa vie extérieure, me choquait tellement. Le temps a passé. Je n'ai au moins pas eu à me reprocher d'avoir provoqué une de ces explications où on n'explique rien mais dont il reste seulement l'amertume. W[illiam] m'a reproché d'être nerveux. Il aurait mieux fait de se taire. Car il a été ainsi amené à me raconter les inférieurs commérages qu'il avait recueillis sur moi ! J'en suis encore ahuri. Je puis tout au moins reconnaître vis-à-vis de moi-même que chaque fois que l'on a essayé de me raconter la moindre des choses sur lui, jamais je n'ai laissé continuer. Il a brisé quelque chose entre nous.

17 [décembre 1916. Genève]

Je travaille avec ardeur aux plans de mon "Panthéon" car après tout, c'est un Panthéon, que ce monument du Héros. Je ne sais plus qui disait qu'une œuvre, pour être belle, devait être "rêve de jeunesse réalisé dans l'âge mûr".

19 [décembre 1916. Genève]

Je travaille à Cranmer, mais sans grand goût. Ce n'est pas bien. Encore du portrait officiel, froid. Et puis, est-ce un mauvais sentiment de regretter de n'avoir pas un thème aussi intéressant que celui de Bouchard. Il fait un bas-relief très bien.

23 [décembre 1916. Genève]

Laverrière est venu [9]. Maintenant ça lui va. À force d'exécution je puis sauver ce bas-relief. Nous avons causé [10] de la situation artistique après la guerre. Puis la question des concours à propos de l'enquête du Petit Messager. L'unanimité de ceux qui ont répondu est absolument contre les concours. Bouchard, avec son caractère absolu, nettement contre. Je regrette de ne pas souvent mettre à exécution mes projets. Je voulais écrire au Petit Messager, mais pour défendre les concours. Les critiques ne manquent pas. Les concours sont mal jugés, le plus souvent. D'accord, les concours n'offrent pas une garantie d'impartialité. D'accord, l'intrigue, les recommandations, et le mauvais goût des jurys concordent donc pour aboutir à d'affreux résultats dont nos places publiques offrent la preuve attristante. D'accord, pour avoir, depuis mon retour de Rome, pris part à plusieurs jugements, dont certains ont été scandaleux, au concours de Rome, l'année où Mlle Heuvelmans a eu le grand prix, une figure, reçue dans les premières à la montée en loge avait des fautes si grossières, que M. Coutan, président du jury s'est permis, devant le jury, dont j'étais, dont Bartholomé était aussi, dont Bouchard était aussi, de corriger une main, tellement c'était mauvais. Nous formions, nous trois, la minorité, mais devant cet acte, nous aurions dû démissionner, en ne le faisant pas, nous étions complices. Je connais tous les défauts des concours [11]. Mais qui dit défaut, dit correction possible. Les adversaires diront : correction impossible. Je ne suis plus d'accord. Rien de ce qui dépend uniquement de la volonté des hommes n'est impossible. Le jour où l'on veut vraiment [12] un progrès, ce progrès s'accomplit, surtout dans l'ordre de la moralité. Tout à l'heure je disais comment je crois qu'il serait possible de rendre de la moralité aux concours. Il est facile de démolir. Ce qui est difficile, c'est de construire. Ce qui remplacerait le concours, au cas où on le supprimerait complètement, nous le savons, puisque cela fonctionne dans tous les cas, où il n'y a pas concours, et ce sont les cas les plus fréquents, c'est l'intrigue pure. Dans le concours, l'intrigue est un peu gênée. Aussi son triomphe est-il tout à la fois plus évident et plus scandaleux. Avec l'autre système, cela se passe dans le mystère, et tel monument est confié à tel artiste. Personne ne proteste puisque tout le monde a fait ce petit travail par en dessous. C'est le plus malin qui a réussi. N'y a-t-il d'ailleurs pas là, aussi, en quelque sorte, un concours ? Mais je demande aux adversaires irréductibles des concours : trouvez-vous que tous ces monuments, non donnés au concours, qui sont sur les places soient d'une qualité supérieure à ceux obtenus au concours ? Pour ma part, je vois plutôt l'avantage du côté des monuments donnés aux concours. Il serait intéressant de réunir des exemples où l'on verrait de manière évidente que toutes les fois que le concours a été loyalement jugé, ce fut pour l'avantage de tous, de l'art, des artistes, du public. Le système de l'intrigue pure ne peut se développer que dans son sens, c'est-à-dire devenir de plus en plus immorale. Vous dites "oui mais c'est franc". Alors, parce qu'un voleur vous volera franchement, vous le laisserez emporter votre porte-monnaie ! Le concours porte en son principe tous les germes d'amélioration. Il n'y a qu'à vouloir les faire fructifier. Mais étudions encore le système de la commande directe. Voici comment les choses peuvent se passer et se passent.

1. Un artiste a un passé sérieux de belles œuvres et le comité vient le trouver pour lui commander le monument [13]. Mais voilà, le comité s'en va toujours trouver des artistes officiels dont les œuvres [14] ont obtenu les suffrages à cause de leur banalité [15]. Jamais comité n'ira trouver un [16] inconnu ou un esprit original. Et c'est ainsi que sur nos places s'accumulent ces œuvres médiocres. Car cet artiste le plus souvent est honnête et fait son métier consciencieusement.

2. Un événement survient, un grand homme quelconque meurt. Un sculpteur, un malin, saute sur l'événement, ou sur le grand mort, et dit : "Il y a un monument à faire." Fait une maquette en hâte et va la porter chez un journaliste ou un critique d'art de ses amis. Puis crie : "il y a quelque chose à faire." Le journaliste se met à former un comité. Le comité formé, on commence à réunir les souscriptions, et à parler du sculpteur : "J'ai justement un sculpteur de mes amis qui a fait une maquette." Parfois ça colle tout de suite, parce que dans le comité formé aucun des membres ne connaît d'autre sculpteur. Mais parfois un des membres connaît un autre sculpteur. Il lui en a parlé. Il lui a presque promis la chose. Donc voilà deux membres du comité ayant chacun un protégé. Et voilà les jeux de l'intrigue qui commencent. Les sculpteurs vont voir les membres du comité, font écrire des lettres de recommandations par des amis influents, etc. Enfin le comité vote, un [17] des deux sculpteurs a la commande. Cette commande, malhonnêtement donnée est généralement malhonnêtement exécutée.

3. Enfin, le troisième cas, le cas exceptionnel, mais qui se présente parfois, ce comité s'adresse à un vrai artiste.

Reprenons le cas n° 2.

Le comité n'a pas pu se mettre d'accord et on prononce le mot de "concours".

Évidemment un concours qui se présente dans ces conditions a toutes les chances d'être vicié dès son origine. Parti pris dans le comité. Esprit d'intrigue chez les deux artistes. Puis on décide d'étendre le concours. Mais les artistes se méfient. Ils savent que deux de leurs collègues ont des appuis sérieux : "c'est pour un tel" dit-on dans les ateliers. Ils s'abstiennent. Le comité s'adjoint quelques sculpteurs pour le jugement. Aux deux principaux concurrents s'adjoignent quelques pauvres bougres ou quelques tout jeunes qui risquent le coup. Et l'on voit ceci : la lettre d'intrigue continuant, les artistes ne craignant pas d'aller voir les membres du jury, de leur montrer ce qu'ils font, et les membres du jury les accueillant, acceptant et promettant à l'un ou à l'autre de le pousser. Puis le vote survient. Et ce concours malhonnêtement jugé est aussi malhonnêtement exécuté.

Je pousse la chose au noir, bien que souvent il en soit malheureusement exactement comme je viens de dire.

Mais les remèdes sont là. Ce n'est pas une raison parce qu'un être est malade de dire : il faut le supprimer. Examinons si on ne peut pas le soigner d'abord, avant de le tuer.

1. Est-il impossible de décider que les artistes qui prennent part à un concours déposent en même temps que leur projet, une enveloppe où ils déclareront sur la foi de leur honneur d'homme et d'artiste qu'ils n'ont eu aucun rapport, d'aucune sorte, avec les membres du jury, durant tout le temps du concours ?

2. Est-il impossible que les membres du jury, au moment de procéder au jugement déclarent et signent sur leur honneur qu'ils ne connaissent ni les noms ni les projets des concurrents, qu'aucun rapport d'aucune sorte n'a existé entre eux et aucun des concurrents pendant la durée du concours et au sujet du concours, qu'ils n'ont reçu ni accueilli aucune recommandation d'aucune sorte ?

— N'y aurait-il pas là une garantie déjà fort sérieuse de l'honnêteté des concurrents et du jury ?

Oui, mais le goût de ce jury ?

Cette objection a absolument la même valeur que dans le cas où on va trouver directement un artiste.

Je considère que ces deux seules dispositions suffiraient déjà largement à assainir l'atmosphère des concours.

Nous ne verrions plus des membres du jury avec des petits papiers plein les poches, cherchant à reconnaître les signes convenus sur les projets.

Autre objection : Les artistes de valeur répugnent aux concours. Vous n'avez que des jeunes ne sachant pas grand chose, et des non-valeurs.

 

Mais il y a moyen d'attirer les artistes en renom [18]. D'abord on peut les inviter et leur allouer une somme, sorte d'indemnité de frais, au cas où ceux-ci trouveraient indigne de leur talent de travailler sans être payés. Mais je sais en fait que pour un concours vraiment intéressant nombreux seront les artistes qui s'inscriront. Puis il faut donner plusieurs primes sérieuses pour les meilleurs projets n'ayant pas obtenu le prix.

Tout ceci ne concerne que des concours organisés pour des monuments très importants, soit par leur emplacement, soit par le sujet. Car pour les monuments dont les budgets sont trop limités, le concours n'a pas la même importance.

Un concours donc organisé sur ces bases me paraît offrir toutes les garanties possibles d'être aussi près que possible de la justice parfaite.

Engagement de chacun des membres du jury de n'accepter et de signaler au comité toute tentative de recommandation de la part des concurrents.

Engagement en contre-partie de chacun des concurrents. Et quelles sanctions ? La mise hors-concours immédiate et le mépris qui s'attacherait à un homme manquant à sa parole d'honneur, n'est-ce pas suffisant ?

Maintenant quelques exemples :

Dalou. Type de l'artiste plein de talent et de probité. Il prend part au concours pour le monument de la République. Il fait une fort belle esquisse, mais le prix [19] est attribué à un autre projet. Dalou n'en a pas moins fait une fort belle esquisse à l'occasion du concours, et, comme une belle chose n'est jamais perdue, on a la bonne idée, de lui en commander l'exécution. On commande ensuite directement à Dalou deux monuments, à Levassor et à Alphand . Ils ne sont pas fameux !

Au Panthéon. Il était important que tout ce qui entrerait au Panthéon fût très bien. Un concours s'imposait pour le motif de l'abside, comme pour les autres, mais plus encore pour le motif de l'abside. On a confié directement le monument à Sicard. Ce qu'il a fait est très mauvais, sans aucun style, anecdotique, mauvais. Je suis convaincu que si l'État avait ce projet au concours, il y aurait eu plusieurs projets très supérieurs. Il en est de même pour le monument qui m'a été commandé directement, Aux artistes morts inconnus [20]. Je n'ai rien trouvé de bien. Il est très possible que dans un concours un autre eût trouvé l'idée que je n'ai pas eue.  On pouvait faire un concours limité. Je cite ces exemples parce que Sicard est un artiste consciencieux comme l'était Dalou, et pour moi, je sais la peine et le tourment que m'a coûtés ce monument dont je ne suis pas content. Par contre jamais le monument de la Réforme[21] n'aurait été ce qu'il est, sans le concours et la manière consciencieuse dont il a été jugé.

Tout monument important devrait se donner au concours.

27 [décembre 1916. Genève]

Nous avons mis d'innombrables joujoux dans la cheminée du salon. C'est le premier Noël que nous passons ensemble avec Lily et les enfants.


[1]    . Le manuscrit porte : "il sera terminé", raturé.

[2]    . De chaque côté du mur, deux stèles doivent se faire face : Thomas Cranmer et Olivetan. Ces reliefs ne seront jamais réalisés.

[3]    . Le manuscrit porte : "Portique", raturé. Il s'agit du Temple de l'Homme.

[4]    . Le manuscrit porte : "de nos", raturé.

[5]    . Le manuscrit porte : "Nous avons été heureux de voir ce", raturé.

[6]    . Le manuscrit porte : "On sent", raturé.

[7]    . Gontran Barry Martin-Delongchamp.

[8]    . William Laparra.

[9]    . Le manuscrit porte : "Les architectes sont venus", raturé.

[10]  . Le manuscrit porte : "de toutes sortes de choses", raturé.

[11]  . Rature illisible : "mais comme... institutions..."

[12]  . Le manuscrit porte : " quelque chose", raturé.

[13]  . Le manuscrit porte : "Cela n'est pas bien. Mais cet artiste aura-t-il l'idée heureuse cette fois-ci ?" raturé.

[14]  . Le manuscrit porte : "sont le plus souvent", raturé.

[15]  . Suivi par : "Très sûrement ce", raturé.

[16]  . Le manuscrit porte : "jeune", raturé.

[17]  . Le manuscrit porte : "seul", raturé

[18]  . Le manuscrit porte : "de valeur", raturé.

[19]  . Le manuscrit porte : "le monument", raturé.

[20]  Aux Gardiens du Feu éternel.

[21]  Monument de la Réformation.