Juin-1939

Cahier n°37

30 juin

Passé chez ? Rapin. Jusqu’à présent je l’avais toujours cru architecte venu à la peinture. C’est le contraire. Un peintre venu à l’architecture. Il était élève de Jérôme et de Puvis de Chavannes.

Je ne comprends que maintenant ce que veulent dire tous ces musiciens, - Rabaud, comme Rousseau, comme d’Ollone – lorsqu’ils parlent de la nécessité de [???] musicale, à propos de Marcel[1] qui ne connaîtrait pas assez de musique. Je l’ai compris en entendant parler des virtuoses (Françoise[2] et ses amies) disant à propos de tel scherzo de Chopin ou d’un concerto de Beethoven : « C’est exactement ce qu’untel en fait », ou bien, « untel ne le jouera jamais bien ». ces œuvres humaines sont pour eux ce qu’un paysage, une nature morte ou un modèle sont pour nous. Elles sont leur matériel -mot à la mode – d’inspiration, ce que la nature est pour nous. De même qu’au moment de composer nous regardons nos calepins de croquis, ou feuilletons des albums de musées, - [ill.] le littérateur avant d’écrire lit ou relit quelques pages de maîtres, - le musicien connaître les œuvres de ses prédécesseurs, car ce sont eux qui ont créé, en dehors de leur inspiration propre, la science commune de l’expression musicale. Car à tirer tout de soi-même, c’est tomber dans la monotonie. Comme ceux qui prétendent travailler sans le modèle. Ni la fidélité à la nature, ni la connaissance des œuvres du passé n’ont jamais détruit une réelle personnalité : Delacroix, Manet, Ingres, Rodin, etc. Mais pourquoi ne leur apprend-on rien dans ce sens au Conservatoire ? Les maîtres en sont mal choisis.

 

[1]     Marcel Landowski.

[2]     Françoise Landowski-Caillet.