Mars-1953

1er mars [1953]

Mes réceptions du dimanche matin. Visite de Petit. Il me dit que Janniot est plus convenable avec lui. Celle d'un élève de Leygues qui me montre des photos de bien mauvaises esquisses. Il s'appelle Maingeaud, je crois me rappeler. Que peuvent donner comme directives à des jeunes ces hommes ambitieux et de peu de savoir?

Visite de Nyota Inyoka. Elle voudrait obtenir une subvention de l'État pour donner à Paris des représentations de ses ballets. Elle me montre de très belles photos des représentations qu'elle a données à Venise. Je ne pourrai pas grand chose.

Et puis Albert Sarraut qui poserait volontiers sa candidature à l'Académie, à la nôtre bien entendu. J'approuve complètement. Il y aura des oppositions. Certains lui reprocheront d'avoir beaucoup soutenu le mouvement qu'on appelait l'Art Vivant. Je sais bien tout ça, j'en ai même pâti. Mais c'est quand même un emballé, un chic type, qui l'a été pour moi. Il y a ses histoires de femmes. Ah! messieurs! êtes-vous si vertueux? Et lorsque vous l'êtes, n'est-ce pas la plupart du temps parce que vous ne pouvez pas faire autrement? Je voterai pour lui.

Mauvaise journée. Je me suis senti très fatigué. Influence d'un soporifique pris trop tard dans la nuit.

2 mars [1953]

Marc Vaux vient photographier la maquette du Trocadéro[1]. Mais très triste visite de Lacour-Gayet. Il vient d'être très malade et semble avoir été très gravement touché. Il me paraît avoir le teint d'un cancéreux. Cela me fait une très grande peine. Je n'ai eu de sa part que des gentillesses.

Téléphone de Jabouille, l'architecte des promenades de la Ville de Paris qui me demande des précisions pour le monument du Trocadéro (photos).

4 mars [1953]

La candidature Sarraut est très bien accueillie par la majorité. Mais au procès-verbal de la séance de mercredi dernier, il n'est pas dit un mot de ma déclaration faite au sujet du décret qui va paraître, rendant à l'Académie le dernier mot pour les jugements. Évidemment. Ça fait partie du système du pauvre Boschot. Il n'a pas de quoi être fier. Je pose une question à ce propos à Bourcier après la séance. Il me dit que c'est parce que j'avais recommandé à nos confrères de ne pas parler tant que ça ne serait pas officiel. Je n'avais certes pas demandé cet escamotage au procès-verbal, pièces d'archives. J'écris donc immédiatement à Boschot pour rectification.

Staline serait mourant.

6 mars [1953]

Jugement du 1er essai du concours de Rome. Quelle faiblesse! Voici que Janniot me prend à part pour défendre les prérogatives de notre Académie. C'est lui qui a contribué le premier à tout ce triste chambardement. Mais, dans la salle où sont tous les anciens Grands prix, je pensais avec mélancolie aux destructions qui se préparent, comme il en a déjà été pour la collection des prix du paysage historique, comme pour les prix de torse en peinture, comme pour presque tous les souvenirs et les portraits de la salle du Conseil supérieur, salle supprimée. Le Conseil a perdu toute indépendance. Il se tient dans des bureaux de la rue S[ain]t-Dominique. Je poserai officiellement une question à ce propos au directeur de l'École, lors d'une séance de l'Académie.

Lettre de Susse qui toujours renouvelle sa demande injustifiée et injustifiable pour l'achat que j'ai fait du bronze de la porte.

7 mars [1953]

Les pronostics du président Ossousky[?] se réalisent. En 48 heures la succession Staline a été réglée. Son successeur est Malenkov. Beria reste ministre de la police. président du Conseil Vorochilov, Boulganine à l'Armée.

8 mars [1953]

Panneau de "L'apparition de l'homme"[2]. Les mammifères. Combat d'une roussette géante contre un fauve préhistorique qui existe encore dans le désert africain : le cynhyène.

10 mars [1953]

Berthault apporte le panneau de « la Femme ». Il fait bien. J'ai hâte d'achever le dernier.

Les journaux publient des portraits de Malenkov. Il est bien vilain, grosse tête poupine. Ça doit être un de ces bonhommes gros, très vigoureux. Il me semble cependant avoir un côté blafard. Il a une taille de 1 m 73 et pèse 120 kilos. Ce n'est certes pas un sportif.

11 mars [1953]

Commission du cent cinquantième anniversaire de la Villa. Paul Léon avait émis l'idée de publier un ouvrage appelé "Mélanges", analogue à ce qu'avaient fait l'École normale et le Collège de France à l'occasion de leurs respectifs anniversaires. Aucune analogie. Ce qui était logique pour ces établissements littéraires, philosophiques et scientifiques, n'aura pas d'intérêt pour les arts plastiques, ce qui ne sera guère possible à moins que ce soit bourré de photographies, donc fort coûteux. Je crois qu'il faudra nous résigner à une réception dans une de nos fondations. Marmottan, Jacquemart-André.

12 mars [1953]

À déjeuner, le ménage Vergnolles. Tous deux sympathiques. Mais lui ne semble plus avoir beaucoup d'influence au Conseil municipal.

13 mars [1953]

Reçus par Goutal, avec Gaumont et Niclausse, pour l'affaire Méhémet-Ali. Il transmettra notre dossier à Jaujard.

Je travaille simultanément au monument du Trocadéro[3] et à « l'Homme »[4], dernier panneau de la Porte. J'ai installé celui de la femme dans le cadre, à sa place. J'ai confiance. Mais quelle patine?

14 mars [1953]

J'ai composé une bonne figure de la France combattante. Elle tient devant elle un grand écu, comme ceux des chevaliers au Moyen Âge, qui sera décoré des trois figures de la devise de la République. C'est certainement plus banal que la figure du jeune homme nu s'élançant, mais à cause de la nudité, ce mouvement faisait un trou en plein centre de la composition. La draperie de la femme me permet de boucher ce trou.

15 mars [1953]

Visite de jeunes et anciens élèves, les uns candidats au prochain Concours, l'autre, Leleu, pour un de ses élèves de l'école de Valenciennes. Je me demande comment Leleu peut concilier les pauvres choses qu'il fait actuellement, avec un enseignement sérieux.

Le cher Roger [5] est venu voir le buste Darré. Il m'a fait bien mauvaise impression, le pauvre Roger. Maigri et boursouflé, comme était Paul Valéry la dernière fois que je l'ai rencontré avenue Kléber. Il a été accablé par la vie. Il a perdu ses deux fils. Il a une fille à peu près folle. Sa femme vient de mourir. Son existence a été très difficile. Bien qu'il ait fait, à Rome, des envois excellents, surtout celui appelé Histoire, si bien peint, si bien composé, si plein de cœur, il n'a pas reçu une seule commande de l'État. Il a vécu de portraits et surtout de son maigre traitement de professeur aux galeries de l'École des Beaux-Arts. Quand il a été mis à la retraite, sans retraite, il a pris des élèves chez lui puis, avec Cordier[ou Corbin], a ouvert un cours de préparation à l'enseignement du dessin dans les Écoles de la Ville et de l'État. Parmi les anomalies et les abus de pouvoir de l'époque, le cas des mises à la retraite des chefs d'atelier de l'École des B[eau]x-A[rts] est typique. C'est à l'ami Paul Léon qu'on doit cette injustice. C'est une des rares erreurs de cet homme si intelligent. Jusqu'au décret qu'il fit prendre, les chefs d'atelier, qui travaillaient d'ailleurs pour ainsi dire sans traitement, mais sous le régime d'une indemnité de déplacement, n'étaient pas mis à la retraite, puisqu'il n'y en avait pas. La maladie ou la mort seulement leur faisaient quitter leur poste. Mais le vieux peintre Humbert devint gâteux et continua cependant pendant quelques années. C'était assez ridicule. Alors, après sa mort P[aul] Léon fit prendre le décret de mise à la retraite à l'âge des maîtres de conférence au Collège de France. Mais il ne prit pas le décret qui aurait du être le corollaire de cette mesure : transformer l'indemnité en traitement. Mettre les chefs d'atelier au régime des fonctionnaires, donc au régime des retraites. Cette mesure a été enfin prise, il y a quelques années seulement, avec effet rétroactif jusqu'à une date précise. Or, le pauvre Roger avait été mis à la retraite deux ans avant la date fixée au décret. Sa vie se termine à quatre-vingts ans dans une demi misère, avec la charge de sa fille demeurée en enfance. Car je n'ai pas l'impression qu'il vivra longtemps encore. Il a été satisfait du buste Darré dont il a fait un portrait qui a reçu l'approbation de Mme Darré et de ses amis. Il m'a remis deux excellents documents.

J'ai conduit Lily gare de Lyon. Elle part pour le Brusc où il y a quelques travaux à surveiller et pour Vence où elle va se reposer au Cayron chez notre amie Mme Gaillard. J'irai la chercher dans une semaine ou deux. Revenant de la gare par le boulevard Beaumarchais, je passe devant le Cirque d'Hiver. Je m'y arrête. Très beau spectacle. De beaux chevaux. Un petit cheval persan, tout noir, un prince vraiment. Surtout des trapézistes étourdissants. Je n'avais pas pris mon carnet de croquis, ne pensant pas ne pas revenir tout de suite à Boulogne. Et puis une équipe de main à main. C'est surtout de ceux-là qu'il y aurait des croquis à faire. Mais ma vue me gêne.

16 mars [1953]

L'ambassade d'Égypte me téléphone. Un envoyé du gouvernement ég[yptien] viendra me voir vendredi prochain.

18 mars [1953]

Visite de Mme Darré, accompagnée du Dr Richard et de Mme Richard. Ils sont satisfaits. J'obéis à leurs critiques. Car l'image que j'ai gardée du Dr Darré est toute autre que ce qu'ils me font faire.

Institut. Discussion pour la réception Van Zeeland. On fera la même chose que lorsque Churchill fut reçu par l'Ac[adémie] des Sciences morales.

19 mars [1953]

À Neuf-Marché, pour le buste du maire décédé, Heuillard. J'arrive dans le restaurant tenu par le président André Duffet. C'est un cuisinier qui a vraiment l'air d'un cuisinier. Son adjoint était avec lui. J'étais en retard m'étant, comme souvent, un peu trompé de route en voulant raccourcir. Après déjeuner, examen de l'endroit proposé, qui est bien, sur la route nationale, à l'angle d'une route de traverse. On me remet des photographies. C'est un très beau visage. Il avait cinquante ans quand il est mort des suites de sa déportation. Sur son lit de mort il fait extrêmement jeune. Il sera plus facile à faire que Darré.

20 mars [1953]

L'attaché commercial à l'ambassade d'Égypte vient me voir, M. Sarafi. M. Diwari, l'ancien directeur des Boursiers égyptiens l'accompagnait. M. Sarafi me dit qu'il vient de la part de son gouvernement pour s'entendre à l'amiable avec nous à propos de la suspension du monument M[Méhemet]-A[li]. Je le mets au courant de notre dernière lettre. L'impression de cette visite est bonne.

21 mars [1953]

Beaucoup de difficultés pour finir avec cette plastiline italienne. Autant elle est commode pour commencer, pour chercher, pour recommencer, autant il faut passer d'heures et d'heures pour arriver à de belles surfaces.

Visite du Dr Gardinier. Rien n'est encore réglé administrativement et déjà on me parle des délais d'exécution. Il faut d'autre part, naturellement attendre, avant de signer aucun contrat, que la dernière commission ait officiellement accepté le projet. J'ai été chercher chez M. Vaux les dernières photos que j'ai immédiatement envoyées à Mlle Cochard.

22 mars [1953]

Visite du groupe Le génie français. Bien sympathiques personnes. Mais pas très intéressantes.

Je reçois beaucoup de visites des jeunes concurrents et concurrentes au concours de Rome, envoyés par leurs patrons. Ces procédés de recommandations et d'intrigues des patrons sont fort nouveaux et bien déplaisants. Ce qu'ils me montrent, les uns et les autres, est d'une navrante similitude. Une jeune fille, élève de l'école de Montpellier, nommée David, m'a plus intéressée par son beau visage que par ses photographies. Comment laisse-t-on se présenter à Rome des élèves qui savent si peu!

23 mars [1953]

Depuis la dernière visite de Mme Darré, bien amélioré le buste du Docteur.

Niclausse et Gaumont viennent déjeuner. Je les mets au courant, en détails, de la visite de l'attaché commercial.

Visite de Madeline. Content. Il me dit qu'il ne veut pas la Porte[6] avant le 15 septembre. Ce recul de date me sauve. Je crois que j'arriverai ou qu'il s'en faudra de peu.

Mon petit Marcel est bien hésitant à propos de cette histoire de la direction du conservatoire de Luxembourg. C'est tentant au point de vue de la sécurité. Mais quelle gêne pour la création!

24 mars [1953]

Le gouvernement fait arrêter une partie de l'É[tat] M[ajor] communiste. Une perquisition fait saisir des pièces importantes, paraît-il. Tout ça est absurde. Faites des réformes nécessaires. Arrêtez plutôt les trafiquants surtout, des intermédiaires des produits élémentaires, élevez le niveau honteusement bas des petits salariés, contrôlez sérieusement les dépenses militaires, et les É[tats] M[ajors] communistes s'arrêteront d'eux-mêmes.

25 mars [1953]

Jugement de la montée en loge. Comme ces dernières années, concours d'une extrême faiblesse. Janniot opère avec son même parti pris et son chouchoutage. Il pousse encore cette jeune fille, nommée Walseb, dont tout le monde dit qu'il lui fera avoir le Gr[an]d prix cette année. J'espère que non, car elle ne sait rien et ne me paraît pas avoir un avenir. Mais ça, c'est le mystère. Pas un élève de Gimond ne concourrait. Il le leur a interdit, dégoûté du triomphe régulier de Janniot chaque année. La plupart des membres adjoints, sinon tous, étant pris dans le Salon d'automne que Janniot mène, tous votent à son commandement. Le jeune Petit, pour lequel on avait été tellement injuste l'année dernière, monte. Pourvu qu'il fasse un bon concours.

Institut. Commission du cent cinquantième anniversaire de la Villa. On se résigne à une séance sous la coupole et à une réception éventuelle par Cornu, dans les salons de la rue de Valois.

Domergue donne lecture du décret rendant à l'Académie le dernier mot dans les jugements des concours définitifs. Naturellement le bureau ne bouge pas. Pas un mot de remerciements.

Chez le docteur qui me trouve bien.

27 mars [1953]

Avec Becker, je pars pour le Brusc. C'est un garçon sympathique. Il a monté son garage au moment où je m'installais moi-même à Boulogne. Il me dit avoir fait une fortune de soixante-cinq millions! Hélas! Je suis loin, bien loin d'en avoir fait autant.

29 mars [1953]. Vence

Après avoir laissé notre immense et antipathique cuisinière au Brusc hier, je suis reparti pour Vence. J'ai laissé Becker à Cannes et la nuit ai fait la route Cannes-Vence. On ne cesse d'être en péril. Les autos se succèdent, les unes nous doublant, les autres nous croisant, phares éblouissants. Ça n'a pas duré très longtemps, suffisamment pour me dégoûter une fois de plus de rouler la nuit.

J'ai retrouvé avec plaisir le mas du Cayron. Lily, un peu inquiète, m’attendait sur la route. Elle est bien reposée. Mais je crois que deux semaines encore ici lui auraient fait le plus grand bien.

À déjeuner, il y avait le Dr Hubert qui s'occupe beaucoup des œuvres de secours aux enfants. Discussion sur la politique générale. Dr Hubert est tout à fait de notre avis au sujet des américains.

Dans l'après-midi, nous avons été voir Blanchenay, vieilli dans sa belle maison où il cultive le souvenir de Jeanne. Elle est morte assez brusquement. Cette femme est un des exemples de l'énergie des femmes infirmes. Notre chère petite Monique[7] en est un encore plus beau. Car Jeanne avait un côté méchant, très arriviste par l'intrigue. Monique c'est la bonne humeur, le travail, l'intelligence supérieure. Pour en revenir à Blanchenay, nous parlons de Marthe. Elle n'a pas du tout la situation que nous lui croyions chez les Dominicaines. Elle est au contraire tenue dans un rôle très subalterne. Blanchenay dit que le Père Gillet, qui l'a poussée au couvent, était un homme méprisable. Il ne s'agit que de recueillir l'argent que ces femmes à l'abandon apportent avec leur ferveur.

Blanchenay nous raconte une amusante histoire arrivée à Gide. Alors que ce dernier était invité chez des amis, une jeune fille en plein dîner lui dit :

— Ah! Monsieur Gide, vous ne pouvez vous imaginez à quel point ma grand-mère est naïve. Elle croyait qu'un pédéraste, c'est un coureur à pieds!

Gide, paraît-il, est resté interloqué, n'a rien pu répondre et n'a presque plus dit un mot pendant tout le repas. Mais à la fin du repas, comme on servait du melon, il s'adressa à ladite jeune fille et dit à travers la table :

— Voyez-vous Mademoiselle, les garçons pour le plaisir, les femmes pour le devoir, et les melons parce que c'est exquis.

Tout le monde reste un moment silencieux. Et comme on se levait de table, chacun confiait confidentiellement à son voisin que Gide avait été parfaitement idiot.

31 mars [1953 le Brusc]

Quitté hier Vence.

À Cannes, en rangeant la voiture, nous voyons apparaître Becker qui promène sa silhouette de garagiste enrichi. À peine nous quittait-il que nous voyons apparaître le roi de Cannes, alias J[ean]-G[abriel] Domergue, avec sa couronne en forme de collier de barbe.

Il monte à côté de moi pour nous conduire à sa splendide propriété. Absolument comme les Américains de nos jours ou les grands seigneurs d'autrefois il a transformé, avec grand goût, une colline de pierrailles en un somptueux jardin en escaliers. Sa maison s'étage également, obéissant au rythme de la pente. Son salon, plein de belles toiles anciennes et de lui (une série de scènes, à peu près camaïeu, évocations vénitiennes) avec d'immenses paravents de Coromandel. Nous descendons dans la salle à manger où nous est servi un fin repas. Mais le principal régal c'est la conversation de Domergue, pleine d'histoires.

Il nous raconte que Jaujard est venu le voir. Jaujard, à son avis, caressait le projet qu'il n'avoue pas de se présenter à l'Académie. Il est très favorable à une révision des décrets du concours Rome, notamment, et je crois même exclusivement pour l'instant, le jugement définitif. On commencerait, rue S[ain]t-Dominique, à en avoir assez de Untersteller. Il assure que ni Matisse, ni Picasso ne gagnent tant que ça. Ils se rachètent eux-mêmes à des prix factices. Ce qu'on appelle modernisme est une affaire boursière. Les tableaux sont des valeurs boursières qui n'ont pas à payer de frais de mutation. Nous dînons chez les Vannucci. Ces deux êtres charmants, tout ronds, tout petits, forment le ménage le plus typiquement bourgeois qui soit. Quel contraste avec le ménage Domergue. Chez Domergue qui venait d'arriver à Cannes, les coups de téléphone se succédaient de manière ininterrompue. Ce soir, c'était aussi calme que possible. Eux également doivent avoir une fort grosse fortune. Le dîner a été servi dans des couverts très beaux. Conversation comme toutes les conversations actuellement. Difficultés de l'époque. Incertitudes des lendemains immédiats.. Nous le questionnons sur ses impressions sur le monde du Vatican qu'il connaît bien. Il dit que sans le clergé français qui a toujours eu des hommes éminents, l'Église serait très bas. La dominante, dans le clergé romain, c'est une hypocrisie fondamentale.

Nous avons couché dans un petit hôtel, à prix modéré, qui s'appelle Hôtel Atlantide. Comme cet hôtel n'a pas de garage et que je me proposais de laisser la voiture dans la rue, le portier m'a recommandé de la mettre dans un garage, parce que les voitures sont durant les nuits sinon volées, en des cas fréquents, fouillées.

Rentrés au Brusc de bonne heure.

Je termine le livre d'Huxley, l'Éternité retrouvée. Je n'aime pas. Il y a de beaux morceaux sans doute. Mais la conclusion est si banale. Parler de Dieu en mettant des majuscules même aux articles, des Il, des Sa, des Le, ça me fait penser à Mauriac. Cet espèce de mélange d'immatériel et de personnage concret montre l'inconséquence de cet idéalisme — du préconçu. Pourquoi écarter la possibilité d'un hasard de circonstances physiques, chimiques qui ont fait apparaître la vie organique au milieu des forces inorganiques des attractions sidérales, des ellipses, des planètes tournant les unes autour des autres, s'attirant et se repoussant, du mélange des gaz et de l'inextricable entrecroisement des ondes, etc. Combien, pour moi, pareille vision de l'avant vie est plus satisfaisante que la croyance en une pensée créatrice de notre vie sur la terre. La pensée animale car, à mon sens, les animaux pensent comme les humains, la pensée est née de la vie.

 

[1] A la Gloire des Armées françaises.

[2] Nouvelle Faculté de médecine.

[3] A la Gloire des Armées françaises.

[4] Nouvelle Faculté de médecine.

[5]. Louis Roger.

[6] Nouvelle Faculté de médecine.

[7] Monique Landowski.