Mars-1952

  2 mars [1952]

  Je finis le bas-relief en le tournant dans tous les éclairages. Repris Méhémet[1] en plastiline blanche. J'ai perdu beaucoup de temps en le travaillant dans le plâtre.

  Petite réception cet après-midi : Charpentier, le critique musical et sa femme, Maxime Leroy, les Cahen-Salvador, la belle marquise de Dalmatie avec une amie, les fidèles amis G[aston] Riou, le jeune romancier Bastide auquel je parle avec intérêt de son livre très original, La Lumière et le Fond. Mais je lui reproche ses dithyrambes sur Matisse. Et puis le sympathique musicien Lesur. Gaston Riou ne croit pas au succès de P[aul] Reynaud. Il me parle de Paul Gaultier ; c'est l'homme d'Albert Buisson, me dit-il, et de ses multiples affaires. La fortune d'A[lbert] Buisson vient des usines du Rhône, qu'il fonda avec Pierre Laval.

  3 mars [1952]

  Un buste comme celui de Mme Charles Schn[eider] est une véritable composition. Je veux indiquer tout l'élan vers la vie qu'il y a dans cette femme. Je ne le présente pas, ce buste, comme les guillotinés à la mode d'aujourd'hui. Je le compose avec un mouvement d'épaules difficile, et elle a de fort belles épaules. Tout ça commence à être très expressif, je crois.

  Après la séance, visite Duchemin, à propos du Christ du Corcovado, et des droits d'auteur possibles à percevoir.

  Visite Jouve qui aime bien mon cheval et cavalier. Il me raconte l'histoire qui lui est arrivée lors d'une exposition faite dans sa jeunesse, à la galerie Charpentier, la vraie. Il exposait donc dans les deux grandes salles du rez-de-chaussée, des sculptures, des dessins, des peintures. Dans les petites salles du haut, deux inconnus exposaient également, dont un Russe dont il ne se souvient pas du nom. Le lendemain, dans Le Temps, parait un article de Thiébaut-Sisson à propos de ce vernissage. Pas un mot sur Jouve, et des lignes fort élogieuses sur les deux autres. Le surlendemain, Jouve, comme tous les soirs, vint à la galerie. Le préposé à la vente lui dit :

  — J'ai bien ri ce matin à propos de vous!

  — Et pourquoi?

  — Vous avez remarquez que Thiébaut-Sisson n'a pas dit un mot de vous dans son article d'hier?

  — Bien sûr.

  — Eh, bien! J'ai reçu la visite de Thiébaut-Sisson. Il m'a dit : "— Vous avez remarqué que je n'ai pas dit un mot sur Jouve? — Oui, ça m'étonne! — Mais, Monsieur, un article de journal, c'est de la réclame. La réclame, ça se paye." Alors nous avons marchandé. Il voulait 700 F. J'ai obtenu 500 F. Si vous voulez les donner, vous avez l'article.

  — Et le lendemain, dit Jouve, j'ai eu un magnifique article.

  Jouve me dit aussi que Untersteller vient de recevoir une commande de 20 000 000 F pour des vitraux pour une église d'Alsace dont Expert est l'architecte.

  Mardi 4 [mars 1952]

  Les épaules de Mme Schn[eider]. Je travaille comme dans ma jeunesse d'étudiant à ce concours qui s'appelait la tête d'expression. Si je donnais un titre à ce buste, je l'appellerais L'Amour de la vie.

  J'ai pris le temps de rédiger une réponse aux observations de Pontremoli. Je la lirai demain à l'Académie.

  5 [mars 1952]

  Drouet me conseille bien pour les deux à bouts du monument de l'Armée française[2]. Pas d'allégories ailées.

  — Restez dans votre ligne réaliste.

  Il n'attache aucune importance à la tentative de H[enri] B[ouchard].

  — D'ailleurs, me dit-il, tout ça ne vous concerne en rien.

  À l'Académie, je lis ma protestation contre les « observations pontrémolitiennes ». Lui qui se gobe 100 / 100, était tout désemparé. Il a traité mon propos de philippique, mais n'a rien pu dire en faveur de sa thèse scandaleuse et lâche et contre ma position très nette. Après, il m'a dit des petites injures, que j'étais pompier, que je n'étais pas intelligent. Un pauvre type, au fond. Mais il n'y a pas eu moyen de faire mettre aux voix ma résolution. Lemaresquier a demandé que ce vote soit remis à la séance où on discuterait la proposition Pontremoli. Pas commode de remuer l'inertie de mes confrères. J'ai accepté, sur l'insistance de Dropsy (président), que ce vote soit donc remis.

  6 mars [1952]

  Je tiens mes deux à bouts du monument de l'Armée. Choses vues : de chaque côté, deux filles modernes dans leur accoutrement, dont l'une symbolisera le Départ, et l'autre la Victoire. C'est curieux comme la mémoire note et classe des spectacles, et tout à coup, au moment où on en a besoin, les visions réapparaissent, comme dans un carnet de croquis dont on tourne les feuillets. Quelquefois on les a notées sur le carnet (Le monument du Maroc). D'autres elles se sont notées attendant leur heure. Peut-être ferai-je apparaître derrière les deux filles, en une sorte de demi-teinte, les personnages que j'aime et qui symbolisent les autres grands moments de libération, depuis les champs Catalauniques jusqu'aux soldats de l'An II. Mais, au fond, c'est inutile, donc nuisible.

  Après-midi, visite de Madame Vincent Auriol avec Mme Kosciusko. Elle m'a paru, cette fois encore, bien intéressée. Mais elle est, parait-il, très influencée par les gens de l'administration des Beaux-Arts qui la sophistiquent à qui mieux mieux. Ils parlent bien. Ils ne sont bons qu'à ça. Bons? Est-ce le mot qui convient? Ils ne sont bons qu'à dire des sottises, les Salle, les Huyghes, les Dorival, les Cassou, etc.

  7 mars [1952]

  Commandé à Donada le cadre pour les bas-reliefs de la base[3]. Ça avance tout de même, cette porte. Je crois qu'elle fera grand effet.

  8 mars [1952]

  Au concours agricole, où j'ai assisté à la présentation d'un ravissant cheval arabe. J’ai revu de ces extraordinaires monstres que sont les étalons percherons ou ardennais. Je n'avais pas beaucoup de temps. Aussi suis-je resté au manège où j'en ai déjà tiré bon parti.

  Puis, je suis allé chez Boccori parler finances, phynances du Père Ubu. L'État est tellement long à payer ce qu'il doit, que nous devons boucher un trou de 700 000 F, que j'ai à la banque! Donc, vente de valeurs péniblement économisées. La Ville de Paris ne fait pas mieux, et je ne sais pas si je serai même remboursé des frais occasionnés par la pose, avec trois ans de retard, du monument du Père-Lachaise[4].

  Déjeuner Maxime Leroy, donné aujourd'hui en l'honneur du recteur de l'université de la Sarre. C'est un Français. Il y avait, à ce déjeuner, en face de moi, un M. Raine, professeur à Polytechnique, une gueule invraisemblable de rat mathématicien, toute en retrait, nez en arrière du front, bouche en arrière du nez, menton en arrière de la bouche, etc., et qui de temps en temps gloussait derrière ses lunettes. À ma droite Riou le splendide, un peu plus loin il y avait Paul Léon et Gabriel Faure, et Nicoli qui préside les Jeunesses musicales. Il y avait aussi, très fidèle à ces déjeuners, le fils de P[aul] Valéry. Le recteur de Sarrebruck nous a fait un intéressant exposé de l'activité de l'université, son attachement à la France (très réel), de l'échange d'étudiants. On a discuté de l'opportunité d'avoir nommé ambassadeur en Sarre le haut-commissaire. Il parait que c'est un acte prématuré. Riou prétend que c'est un coup des bureaux du quai d'Orsay contre le ministre. Au quai d'Orsay, paraît-il, c'est un principe. Les bureaux tirent toujours dans les jambes du ministre. Siegfried présidait et se disait de l'avis de Riou.

  9 mars [1952]

  Chez Bouchaud, où nous étions beaucoup de l'Académie. Tous approuvaient mon intervention de mercredi dernier. Je ne crois pas que l'aff[aire] Pontremoli aboutira. Bouchaud possède quelques très belles pièces qu'il a rapportées d'Indochine, notamment un grand Bouddha de bronze. Il a été cambriolé, et on lui a volé de belles pièces, et en outre, assommé son fils qui heureusement est rétabli. Une de ses filles me montre un petit bronze amusant : une femme en prière, qui pour mieux s'isoler, se bouche de ses quatre bras tous les orifices de son corps, y compris ceux du sud.

  10 mars [1952]

  Dernière séance du buste de Mme Schn[eider]. Au point où il en est, ce n'est pas mauvais. Je ferai un estampage. Elle part un mois pour le Brésil. Je vais profiter de cette interruption, pour achever le b[as]-r[elief] la Vie[5], et la maquette Méh[émet] Ali. J'achèverai plus tranquillement le buste à son retour. Je veux que ce soit un de mes meilleurs.

  On a conduit la petite Laurence[6] à la maison de santé.

  11 mars [1952]

  L'opération de la petite Laurence s'est parfaitement passée. Elle s'imposait.

  J'ai enfoncé aujourd'hui tout le fond autour du groupe. La grosse difficulté de ce bas-relief consistait dans l'obligation de n'avoir pas une forte ombre noire horizontale dans la partie supérieure de l'encadrement. J'ai donc dû le composer sur deux plans. Un plan plus profond pour le groupe qui devrait avoir une saillie pareille à celles des bas-reliefs supérieurs. Ce que j'ai fait aujourd'hui, à quoi je pensais depuis longtemps, que je n'osais pas faire, de peur de tout chambouler, est une grosse amélioration.

  Achevé aujourd'hui, la lecture du livre très intéressant, bien intelligent : Le Journal d'Hadrien, par une Madame Marg[uerite] Yourcenar. C'est une sorte de vie romancée. L'histoire de Antinoüs (son suicide) n'est pas prouvé. Cette mort peut aussi bien être un crime ou un accident. Mais la thèse suicide peut se défendre. Ce que j'ai aimé surtout, c'est l'évocation de la vie dans la fameuse villa de Tibur, cette magnifique ruine. Et puis aussi la fin de Trajan, etc. Il y a beaucoup de femmes ayant grand talent d'écrivain.

  12 mars [1952]

  L'enfant, dans le b[as]-r[elief] la Vie[7]. Maintenant il est bien.

  À l'Académie, séance dure. Dropsy a voulu assimiler ma protestation à une proposition différente mais ayant même but que celle de Pontremoli. Il a tout fait pour ne pas mettre aux voix ma motion qui n'avait qu'un objectif : ne pas laisser l'Académie se dégager et écarter toute discussion une fois pour toutes. Nous avons pris position nette il y a à peine plus d'un an. Nous devons nous y tenir. J'ai fait ce que j'ai pu pour obtenir un vote immédiat. Je suis sûr que si on avait voté ma motion elle aurait eu une grosse majorité. Mais Dropsy a préféré d'abord mettre aux voix la remise à un mois de voter l'affaire. Je reste stupéfait de l'atonie de tous ces types. Ils ne disent rien. Ils ont tous peur de se compromettre parce qu'ils savent tous que Untersteller va tout raconter rue S[ain]t-Dominique. Mais ce qui est plus grave, c'est que je commence à croire qu'il y a une petite laide combinaison Paul Léon, Pontremoli et Jaujard. Bref, une majorité s'est trouvée pour voter la remise à un mois. Comme c'est commode de n'avoir pas eu à prendre de décision.

  Je me trouve idiot, alors que j'ai tant de préoccupations supérieures, de m'occuper avec tant de passion de cette affaire. Je ne peux me résigner à la lâcheté et à abandonner sans lutter cette admirable création du Prix de Rome, admirable quoi qu'on dise et cette délicieuse villa Médicis sur laquelle l'Académie a des droits séculaires.

  13 mars [1952]

  Plus que la tête du bébé[8] à achever.

  Voilà que les Soviets proposent une énième conférence à 4, pour la paix avec l'Allemagne. Voilà que tout le monde veut redonner une armée à l'Allemagne... Quelle ironie.

  Et dans les arts, on annonce une exposition "De Cézanne à Matisse". Comme si Cézanne avait été le meilleur peintre de son époque et comme si Matisse était le meilleur de la nôtre. Alors, il y avait Manet et Puvis. Aujourd'hui il y a

  14 mars [1952]

  Le bas-r[elie]f la Vie, presque achevé et bien. De même l'étude Méhémet. De même la grande esquisse Trocadéro[9].

  Les Boréens qui sont décimés par des épidémies accusent les Américains d'employer des obus bactériophores!

  15 mars [1952]

  Visite au Dr Fey. Il a placé remarquablement bien ma petite Parvati[10]. C'est la pièce essentielle de son salon. Elle est en plein centre, sur la cheminée entre deux beaux vases blancs de Chine. Derrière, un tigre chinois. Sur les murs, à droite et à gauche, deux morceaux de Coromandel.

  J'allais le voir pour cet ennui qui me reste de cette sacrée opération à laquelle le cher pauvre Ladis m'a contraint, alors que je préférais le système américain. J'ai eu bien tort de céder. Il m'a dit qu'il allait me faire une ponction mais qu'il n'était pas sûr que je serais débarrassé. Alors il faudrait faire une autre opération...

  16 mars [1952]

  Visite de Taillens. J'ai rarement vu un homme, dans un atelier, ne rien regarder à ce point là. En réalité, il venait m'annoncer qu'il se servait de mon projet de Temple[11] pour une grosse affaire industrielle... une grosse mécanique, je ne sais quoi... Pas élégant. Mais que puis-je faire? Cependant, tous les dessins qu'il a faits, je les lui ai payés. J'aurais dû les réclamer au moment. Combien de choses aurait-on dû faire, au moment...

  17 mars [1952]

  Enfin, le bas-relief est au moulage. Et aujourd'hui, j'ai harnaché le cheval[12].

  Passé chez Susse pour retoucher en ciselure le bronze de Peulvey. Mais ça ne fera pas bien. Sous la ciselure, les molécules de métal prennent une autre consistance et la patine ne peut pas s'unifier. Quelle poisse. Il faudra recommencer.

  Mais j'ai passé une après-midi magnifique au Muséum d'histoire naturelle. Un musée de ce genre est bien plus émouvant qu'un musée d'art moderne! La présence des conservateurs s'y sent d'une manière particulièrement attachante parce qu'on sent là un immense travail d'érudition et beaucoup d'amour et de modestie. Comparez ces étonnantes vitrines dont chaque pièce est merveilleuse, dont chaque pièce est sujet, aux murs du musée d'Art moderne où les noms des peintres s'étalent en gros caractères réclames, au-dessus d'élucubrations picturales qui ne visent que l'étonnement. Et comme aussi le parti pris, la suffisance des conservateurs, leur insolence même s'y étalent! Mais cessons cette comparaison, et laissons-nous aller au spectacle de ces grandes salles dramatiques. Dramatique, car de tous ces êtres morts, émane une impression de menace. Ce ne sont que mâchoires affamées, dents aiguisées, corps prêts à bondir pour l'attaque ou pour la fuite. Tous les membres arrières sont comme des ressorts à demi tendus faits pour bondir. C'est l'image de la vie élémentaire. En pensant à ce qui m'intéresse particulièrement, remarqué et noté un squelette de chauve-souris géante, qui va me servir pour le panneau des Mammifères de ma Porte[13]. Et un squelette de chien-loup préhistorique que je n'aurai qu'à copier pour le chant I de l'Enfer. Mais aurais-je jamais le temps de me consacrer à cette illustration étonnante? Dante, inépuisable créateur d'images. C'est beaucoup [plus] cela le vrai poète, que le manipulateur de mots employés volontairement à contresens. Le plus grand poète du monde est peut-être le premier évangéliste qui écrivit la première vie de Jésus dont chaque verset est une image.

  Après la visite du Muséum, fait une promenade dans ce vieux Jardin des plantes que j'ai tant parcouru pendant mes années d'École des Beaux-Arts. J'y allais tous les samedis. Dans le pavillon des serpents, assister à une scène rapide : En même temps que moi, arrivaient deux religieuses, une assez âgée et une jeune étonnamment belle, vraiment belle. En entrant, celle-ci se retourne vers sa compagne, lui dit quelques mots et file à toute vitesse vers le fond des salles, tandis que l'autre s'arrête, comme gênée. Intrigué, je prends le sens inverse à la rencontre de la jeune femme, aussi pressée. Elle s'était arrêtée devant les cages des serpents venimeux et échangeait des propos rapides avec un homme assez jeune, puis le quittait et rejoignait son ange gardien qui semblait assez confuse. Elles ont aussitôt quitté le pavillon. Pour un homme de lettres, cette scène pourrait être le point de départ de toute une histoire. Je n'ai pas le temps de l'inventer.

  J'ai beaucoup regardé ces bêtes antédiluviennes que sont les crocodiles. Il paraît que sous les voûtes du grand cirque à Byzance, de grands nègres promenaient des crocodiles dorés.

  À la maison, Lily[14] rentre de ses réunions hebdomadaires. Elle a vu Madame B. M. .Celle-ci lui a dit que le ministre Pinay tiendrait parce que les banques le soutiennent. Elles veulent faire un "boum" sur l'or et ça ira jusqu'au vote du budget.

  18 mars [1952]

  Le harnachement de M[éhéme]t Ali. Le colonel Laragne m'a apporté du Caire un excellent document. Une lithographie de Carle Vernet. Un arabe cent pour cent et remarquablement exécuté comme documentaire. Je ne veux cependant pas couvrir mon cheval de trop d'oripeaux, grelots, lanières de cuir, pompons, tapis et quoi encore!

  Le b[as]-r[elief] la Vie[15] est sorti du plâtre. J'en suis content. Mais toujours, comme pour tout, il manque quelques semaines de travail. Ah! cette lutte contre la montre! Jamais je n'en ai autant éprouvé l'énervement. Maintenant plus que trois panneaux. Pour ceux du bas qui vont comporter beaucoup de motifs ornementaux (plantes), je me ferai aider. Je voudrais pour la fin juillet avoir terminé le b[as]-r[elief] Mystère de la mort et celui du dessous : a/ les Mammifères (Combat d'une roussette géantes et du machairodus, au milieu d'une végétation préhistorique); b/ Apparition de l'homme; c/ les Reptiles. Triptyque luxuriant où s'agitera une vie frénétique de combat et d'accouplements. En somme je termine par le commencement. Car l'ordre dans lequel examiner cette porte est de bas en haut.

  Je crois que même en littérature si les auteurs de romans et de pièces de théâtre, de pièces de théâtre surtout, après l'établissement du plan, le sommaire des actes, se mettaient ensuite à traiter tout de suite le dernier acte, bien des pièces ne flancheraient pas à la fin. Le point culminant d'une pièce ne doit pas être le milieu, mais la dernière scène.

  Je vais enfin chez le Dr Fey. Il ne fait pas de doute que l'ennui que j'ai est encore la suite de l'opération d'il y a deux ans! Quand je me rappelle tout ce que le pauvre cher Ladis m'a dit pour me détourner de l'opération américaine et me faire subir cette opération barbare et dangereuse, alors que j'envisageais le système américain, je m'en veux de m'être laissé conduire. Il aurait toujours été temps de se résigner à celle-là, si celle que préconisait plutôt Heitz-Boyer n'avait pas réussi. Fey va me faire une ponction. Mais il ne m'a pas semblé du tout assuré que ça ne reviendrait pas. Dans ce cas il faudrait une seconde opération qui me paraît devoir être bien ennuyeuse. Quel ennui! Quelle perte de temps encore! Et quelles suites? Quand je me rappelle Paulette[16] me disant :

  — Comme ça tu n'as pas été estropié par Heitz-Boyer.

  Enfin! Cette ponction aura lieu vendredi prochain.

  19 mars [1952]

  Sur invitation de Paul Gautier, déjeuné à la Presse Alliée, dans le grand immeuble qui est à l'angle du boul[evard] S[ain]t-Germain et du quai, en face le Palais-Bourbon. Il y avait Lacour-Gayet et pas mal de personnalités que je connais, n'ai pas vues depuis longtemps et dont j'ai provisoirement oublié les noms. Beaucoup de propos intéressants ont été tenus. J'étais à côté d'un sénateur de l'Uruguay. Un sénateur pour moi représente toujours un homme plus âgé que moi. Je ne peux pas m'habituer à entendre appeler sénateur des hommes fort jeunes comme ce M. Manino Reo. Il nous a dit l'énorme influence que la France conserve dans l'Amérique latine et en Uruguay. Il nous dit le désespoir qu'il y eut là-bas quand en 1939 on apprit la chute de Paris.

  On parle de l'Argentine et de la carrière de la femme de Perón. Dans ses débuts, c'est l'histoire de Joséphine de Beauharnais. Elle était danseuse, mais de milieux très inférieurs. Presque une Théodora qui fut une très grande impératrice. Elle était la maîtresse d'un colonel ami de Perón. Elle le trompa avec Perón qui, amoureux comme Bonaparte le fut de Joséphine, avoue à son ami son intrigue avec sa maîtresse et lui demande de la lui laisser, qu'il voulait l'épouser. L'ami consentit, comme Barras. Ainsi commence la carrière de cette femme, audacieuse extraordinairement. Elle fut une auxiliaire précieuse pour l'ambitieux Perón. Par sa réputation première très populaire dans les milieux dockers et compagnie, elle sut organiser des manifestations impressionnantes qui portèrent Perón au pouvoir. Maintenant c'est une dictatrice effrénée. Elle se plaît à convoquer les ambassadeurs et les ambassadrices et à les faire attendre des heures, des matinées entières, pour les injurier grossièrement quand on lui a rapporté des propos malveillants tenus par eux contre elle. Des micros sont installés dans des bouquets de fleurs sur la table des grands restaurants quand on sait que certains banquets vont avoir lieu. Mais elle est très sérieusement atteinte. On parle d'un cancer qui aurait nécessité l'ablation complète des ovaires, matrice, etc.

  Lacour-Gayet nous parle de Pinay. Il en dit grand bien quant à un certain bon sens, une grande honnêteté, mais pas d'envergure. C’est, dit-il, un bon petit commerçant scrupuleux dont les affaires ont mal marché et qui veut remettre de l'ordre dans sa boutique. Il s'est mis en relation avec les grandes industries commerciales comme la Fédération des sociétés à commerce multiples qui peut donner le mot d'ordre aux différentes entreprises pour qu'une baisse soit prononcée pour tous les produits d'usage courant. Quand on réfléchit à cette entente, on s'aperçoit que le gouvernement est à la merci des puissances financières. Et qu'une baisse de 5 % puisse survenir aussi du jour au lendemain, est la preuve que tout est au moins de 10 % trop cher.

  À l'Institut, malgré un nouvel effort de moi, pour la faire régler tout de suite, la question des jurés adjoints est remise. Paul Léon qui est mon voisin, se révèle comme pas mal lâche. C'est lui qui a lancé la proposition dont Pontremoli, avec son habituelle vanité s'est emparé, pour se donner de l'importance. P[aul] Léon ne dit pas un mot. Il agira dans la coulisse. On n'a pas été pendant tant d'années dans l'administration sans savoir quelles ficelles tirer pour manœuvrer comme on veut les marionnettes.

  Commission administrative. C'est toujours la même triste chose. Aucune institution n'a plus les moyens d'assurer la pérennité de ses fondations. On diminue de moitié les prix légués par testament, pour distribuer l'autre moitié à ces bureaucrates tapis dans leurs bureaux bien chauffés. Voici que Pontremoli préconise l'abandon de la fondation Éphrussi (l'Ile de France, dans les A[lpes] M[aritimes]), domaine magnifique avec un musée très remarquable. Pour la bibl[iothèque] Marmottan, les pourparlers avec la Ville de Paris restent stationnaires. Pour moi, si on avait en Boschot un secrétaire perpétuel ayant de l'allant, recevant un tant soit peu, en relations amicales avec l'administration et avec la presse, nous n'en serions pas là.

  En nous en allant Gaumont me raconte que Niclausse est venu lui proposer de réaliser la face du monument Méhémet Ali qui lui incombe.

  20 mars [1952]

  Regardant depuis quelques jours le document de Carle Vernet, j'ai été conduit à un grand changement dans le costume de Méhémet. Je supprime le grand manteau, ou plutôt je ne le laisse pas couvrir toute l'arrière-main du cheval. Comme dans le document, je le boucle par une large ceinture. Grosse amélioration. Ce parti si magnifique plastiquement du cheval que sont ses flancs et la musculature des cuisses (anatomiquement la jambe) sont dégagés. C'est encore plus élégant, orient[ ?] africain, ce qu'il fallait. Mais ça ne m'avance pas.

  La petite Laurence, rentrée aujourd'hui de la maison de santé.

  21 mars [1952]

  Drouet vient me montrer le dessin définitif du monument de l'Armée française[17]. Le glacis fera bien. Nous sommes d'accord.

  À six heures, avec Lily, je suis allé à cette clinique de l'Alma, de fichue mémoire. Dr Fey et une servante d'Isis m'ont quelque peu supplicié. Je me sens évidemment très soulagé par l'évacuation de ce liquide intempestif. Déjà, il y a deux ans, quand je voyais penchées sur moi ces jeunes femmes, je pensais à l'aventure d'Osiris auquel les soins d'Isis et de ses servantes ne rendirent pas ce qui lui avait été arraché. Heureusement que je ne suis pas dans l'état d'Osiris... Mais Dr Fey, sans jouer le rôle de typhon, me paraît quand même avoir eu, il y a trois ans, un geste un peu maladroit.

  22 mars [1952]

  Enfin, Jacques[18] et ses enfants et leur grand-mère s'installent définitivement dans l'appartement qui a finalement été enlevé à Picasso, le communiste milliardaire. Il paraît que réellement il est "milliardaire". Mais Rembrandt, Daumier moururent dans la misère. Rude mourut pauvre comme presque tous les vrais grands artistes. Jacques dit que Opéra, en pleine déconfiture, va se fondre avec Arts; que l'exposition de 1953 est reportée à 1954. Avec Marcel[19] et Gérard[20], ils ont en vue la fondation d'un journal dont le titre serait Paris-Comœdia. D'anciens commanditaires d'Opéra seraient décidés à y participer. Jacques a l'air sûr de son affaire.

  Je me félicite du changement apporté au vêtement de Méhémet. Mais il me faudrait encore une bonne semaine.

  Fin de journée chez Ladis[21]. Il me dit que les ennuis que j'ai tiennent à l'époque à laquelle je me suis fait opérer! Qu'à cette époque, les maisons de santé étaient[22] sens dessus dessous, que j'ai dû être infecté... La bonne blague. Avec des piqûres de pénicilline toutes les trois heures! J'avais plutôt trois infirmières pour une. Je crois qu'il y a eu une blessure involontaire. Je me rappelle le mot de l'infirmière principale, quand j'ai eu une poussée de fièvre :

  — Il y a eu un coup de bistouri.

  Et puis, médicalement, je n'ai pas été soigné fameusement. Ladis ne s'est inquiété de moi que tardivement. Le pauvre. Il est âgé. Il a laissé m'administrer un anesthésique brutal qui m'a procuré des vomissements terribles alors qu'il m'avait annoncé un nouvel anesthésique qui ne donne aucun trouble mais au contraire au réveil un sentiment d'euphorie. Je m'en souviens encore de l'euphorie! Pauvre Ladis. Il a toujours eu un grand sentiment de sa valeur. Il ne veut pas s'être trompé, le pauvre. Je ne lui en veux pas. Tout le monde peut se tromper. C'est à moi que j'en veux de m'être laissé influencer. Comment ne l'aurais-je pas été?

  22 mars [1952]

  À Méhemet Ali. Harnachement et ornements. J'ai travaillé un peu partout et tout à coup la mémoire se met à jouer son rôle.

  23 mars [1952]

  Toute la journée à Méhémet. Je ne crois pas me tromper en me disant qu'à l'agrandissement triple de ce qu'il est actuellement, le travail sera facile, tous les points importants sont bien en place. Comme c'est beau l'épaule d'un cheval et l'encolure et les masses musculaires au flanc des cuisses.

  Interrompu par Bagge d'abord et par Debu-Bridel. Bagge vient prendre le vent. Je l'aime bien. Il est intelligent et sympathique. Mais ce n'est pas de l'envergure d'un membre même libre de l'Académie des Beaux-arts. C'est un fonctionnaire. Si des hommes comme Julien Cain, comme Debu-Bridel se représentent, il n'y aura pas d'hésitation possible. Alaux lui-même, malgré une certaine médiocrité est très préférable. Il a rendu des services réels. Il a de l'érudition. Tout le monde ne peut pas avoir du génie. J'aurais bien préféré Alaux à Hautecœur. Celui-ci viendra renforcer le clan des fonctionnaires. Je crois que si Debu-Bridel se présente, il faudra chaudement défendre sa candidature. Comme il me parait jeune ce sénateur! Sénateur! Je les vois toujours sous les aspects de vieillards vêtus de toges blanches avec d'immenses barbes et toujours plus vieux que moi. Je n'ai lu qu'un seul de ses romans : Exil au Grand Palais, plein d'esprit, très extraordinairement original. Il s'intéresse, en tant que rapporteur du budget, au 1 % pour les artistes. Il faut trouver ses modalités d'application. Là encore, l'administration voudrait mettre la main dessus et ne donner des travaux qu'à des artistes de son choix. On parle de Malraux. Il me dit que son intime est Drouan, le marchand de tableaux! Ça va avec ce qu'on m'avait dit sur le financement de la Psychologie de l'art, commandé à Malraux par le mystérieux consortium des marchands de tableaux.

  Jules Romains est au courant. Il m'a raconté voici longtemps qu'on lui avait proposé d'écrire déjà dans le sens dans lequel vient d'écrire Malraux, c['est]-à-d[ire], à propos de spéculations esthétiques, d'histoire de l'art, faire de continuels rapprochements avec les artistes dits modernes (c['est]-à-d[ire] ayant des contacts avec les marchands). Les citer à tous propos, et n'en jamais citer aucun des autres, qui sont les vrais indépendants. Comme tout ça est peu original!

  On parle aussi des difficultés de l'Institut. Pas moyen d'obtenir 2 ou 3 millions qui lui seraient nécessaires, me dit-il, et on vient de dépenser 3 milliards pour un prototype d'avion qui ne vole pas. Je ne devrais pas le dire! ajoute-t-il.

  Les communistes URSS sont d'un cynisme déconcertant. Ils ont poussé de hauts cris quand les puissances occidentales ont mis à l'étude une intégration d'une armée allemande réduite dans le système général défensif de l'Europe Ouest. Aujourd'hui, retentissante proposition soviétique d'une nouvelle conférence à quatre (se rappeler du Palais Rose), avec 2 points : a/ Unification de l'Allemagne est et ouest; b/ Autorisation donnée à l'Allemagne, nouvelle unifiée, d'avoir une armée nationale indépendante. Immédiatement le P.C. français entonne l'Hosanna!

  24 mars [1952]

  Je suis très content de mon Méhémet. Mais je recule le départ pour le Brusc. Il y a encore beaucoup à faire, étant donné le parti que j'ai pris de pousser très loin cette étude petite. Grosse facilité pour le travail agrandi. Parmi les documents bien vilains que j'ai reçus du Caire il y a longtemps et que je regardais de nouveau, j'ai trouvé un arrangement très heureux pour la façon de porter la grande épée recourbée.

  Téléphone avec G[aston] Riou. Incidemment, il me dit que les S.S[23]. poussent et protègent en France le mouvement dit "moderne". Tandis que, en Russie, ils retournent au classicisme le plus "néo". Riou dit que Jaujard est communisant et est dans ce jeu.

  Et voilà qu'en Italie, recommencent les manifestations au cri de "Triesta italiana". J'ai entendu ça en 1901 et la suite.

  26 mars [1952]

  Aujourd'hui, abandon de la maquette Méhemet. Ce matin, travaillé au bras et à la main sur le poignard. Deux ou trois jours de plus m'auraient été nécessaires. Mais voici assez longtemps que je remets de jour en jour. J'aurais voulu aussi être là pour le jugement de la montée en loge. Cette année sera la première où je n'y serai pas venu. Après-midi, Marouteau est venu photographier. Et puis Donada et son mouleur sont venus chercher le modèle en cire. Quelque chose ne va pas encore tout à fait dans le geste du bras droit. L'idée est bonne de cette main serrant le poignard courbe dans sa gaine.

  Demain, départ pour le Brusc.

  28 mars [1952] Le Brusc

  Nous sommes arrivés par une véritable tempête. Elle nous a pris à Lyon. Nous avons été sous la pluie jusqu'à Avignon. Puis ça a été le vent, le vent, le vent. Hier, fait 500 km vraiment sans fatigue. Déjeuner à Avallon où un jeune chauffard a failli nous écrabouiller en doublant une voiture hippique (tandis que du trottoir de gauche où j'avais dû me placer à cause des règlements pair-impair)[ ?]. Je l'ai évité de justesse. Un peu plus tard, j'ai failli m'endormir au volant. Je n'ai pas insisté. Nous nous sommes arrêtés au bord de la route et ai somnolé dix minutes. Quatre cents et q[uel]q[ues] kilomètres aujourd'hui. Sans fatigue. Ne nous plaignons donc pas. Et à partir de ce soir, repos.

  29 mars [1952 le Brusc]

  Jean[24], notre gardien, me dit que le personnel du « radar » vient d'être très augmenté. Plus de soixante officiers et une douzaine d'ingénieurs allemands avec leur famille. Tout ce monde s'est casé très facilement dans le village.

  30 mars 1952 [le Brusc]

  Je voulais aller à la messe ce matin, pour voir ce brave homme de curé et revoir les fresques[25]. Mais il faisait trop de vent. Je suis resté à somnoler et à rêvasser à tout ce que j'ai en train : mon cheval, mon panneau la Mort[26] et ceux de la base. C'est avec une immense satisfaction que je vois arriver la fin de ce grand ouvrage. Que de problèmes plastiques ont surgi. J'ai confiance pour le résultat final. Ce sera comme pour le Columbarium[27]. À mon retour, les travaux seront assez avancés pour qu'on passe aux essais d'éclairage. Je compte aussi beaucoup sur ce monument-là.

  Pour les panneaux de base de la porte, j'ai trouvé dans le livre de Lecomte du Noüy, L'Avenir de l'esprit, des suggestions heureuses, très, qui serviront de base aux six compositions de ces panneaux. Il paraît que la première apparition ne fut pas cette substance chlorophyllienne qui recouvrit d'abord pendant des siècles toute la terre. Les premiers éléments vivants furent des sortes de bactéries fusiformes qui s'enfermaient dans des sortes de carapaces de fer. Cette bactérie a été appelée leptodrix. Il se reproduit par caryocinèse. Lecomte du Noüy dit : « Il vit dans des tubes ou filaments dont les parois sont en fer, déposé progressivement autour du corps de la bactérie. » Dans les eaux saturées de fer que recouvrent certaines roches anciennes, le leptodrix a vécu pendant des millions de siècles, abandonnant peu à peu ses cuirasses qui, sous l'énorme pression des eaux, devenaient du minerai de fer. Le leptodrix vit aujourd'hui comme jadis de l'oxydation du fer. Il se nourrirait d'énergie atomique. On en discute paraît-il, mais on peut admettre que cette bactérie tire son activité de l'oxydation des composés pierreux. Autant qu'on peut l'affirmer, le leptodrix a beaucoup plus de chances d'être la première manifestation de la vie animale qu'une masse de protoplasma amorphe comme je le croyais. La chlorophylle n'apparaît pas au moment où les leptodrix couraient déjà les eaux, individualités déjà, composées d'une seule cellule, ayant au microscope la forme d'un têtard. Les plantes qui apparurent après étaient sans chlorophylle. Ce sont les algues bleues dont le pigment est une "phycocyanine". Comme les leptodrix ces algues ont une forme tubulaire et leur mode de reproduction est asexué. On se divise en deux, et ainsi de suite. On est immortel au sens absolu du mot.

  Tout ceci est fort important pour ma porte de la Science[28]. L'évolution des animaux, l'apparition de la vie par les animaux semble avoir de beaucoup précédé celles des végétaux. Ici, je recopie Lecomte du Noüy : les magnifiques poissons ganoïdes, avec leur cuirasse osseuse, véritables chevaliers de la mer, les scorpéonites à respiration aérienne; les céphalopodes, ancêtres de nos seiches et de nos pieuvres; les nambilides, les brachiopodes, toute cette faune polymorphe comportait les mêmes organes que leurs descendants : foie, rein, cœur essentiellement semblables par leurs structures et leurs fonctions et apparemment aussi compliqués que ceux des animaux modernes. À cette époque, sur terre, pas même une seule fougère.

  Tout ceci, pour moi, veut dire que, sauf pour les deux motifs centraux des deux triptyques de base — Apparition de l'homme — Apparition de la femme — il ne faudra pas mettre de plantes. Des rochers, des cristaux, des plantes à peine. Les réserver comme deux bouquets pour les deux centres d'où surgissent l'homme et la femme. Là aussi, autre problème. Faut-il faire de la science? C'est-à-dire représenter l'homme paléolithique, le chélléen ou le moustérien ou le magdalénien? Il y a là quelque chose d'assez tentant. Mais en fin de compte, il faudra en venir à ce que répondit Véronèse quand on lui reprocha à Venise, d'avoir placé au premier plan de ses Noces de Cana un groupe de musiciens où il s'était représenté avec Titien, Tintoret et je ne sais plus quel autre, et, qu'on lui en demandait la raison :

  — Mais parce que c'était nécessaire et que ça faisait bien.

  Donc mettre au centre de chacun des deux triptyque deux beaux êtres humains, c'est ce qu'il y aura de mieux.

  Je dessinerai ces jours prochains certains de ces panneaux notamment les deux motifs centraux et celui du monde des eaux qui sont les moins réussis sur la grande maquette.

  31 mars [1952 le Brusc]

  J'écris à Drouet pour lui donner un texte de l'inscription générale. Il a écrit sur son dessin géométral : À LA GLOIRE DE L'ARMÉE FRANÇAISE, d'un côté, et de l'autre, À SES MORTS HÉROÏQUES. Je n'aime pas cet adjectif. Ce n'est pas lapidaire. Je lui propose de mettre sur le côté droit : ET À CELLE DE SES MORTS ET DE SES HÉROS. À trois lettres près, c'est le même nombre de lettres.

 

[1] Méhemet-Ali.

[2] A la Gloire des armées françaises.

[3] Nouvelle Faculté de médecine.

[4] Le Retour éternel.

[5] Nouvelle Faculté de médecine.

[6] Laurence Caillet.

[7] Nouvelle Faculté de médecine.

[8] Nouvelle Faculté de médecine.

[9] A la Gloire des armées françaises.

[10] Danseuses cambodgiennes, Danse de Parvati.

[11] Temple de l’Homme.

[12] Méhemet Ali.

[13] Nouvelle Faculté de médecine.

[14] Amélie Landowski.

[15] Nouvelle Faculté de médecine.

[16] Paulette Landowski.

[17] A la Gloire des armées françaises.

[18] Jacques Chabannes, Roland et Martine.

[19] Marcel Landowski.

[20] Gérard Caillet.

[21] Ladislas Landowski.

[22] Manuscrit : « sont ».

[23] Soviétiques.

[24] Jean Wizotski.

[25] De Nadine Landowski-Chabannes.

[26] Nouvelle Faculté de médecine.

[27] Le Retour éternel.

[28] Nouvelle Faculté de médecine.