Décembre-1944

1er décembre [1944]

Rue du S[ain]t-Gothard, au grand Cantique. Quel froid!

2 décembre [1944]

Michel-Ange toute la journée.

Soir, je vais au thé de la c[omt]esse de Dampierre. J'y rencontre Hautecœur, qui la veille, avait passé devant la commission de la rue de Valois. Je ne sais pas s'il faut ajouter entièrement foi à ses récits. Il a toujours été remarquable. Il a eu des réparties cornéliennes, etc. Au fond, il n'est pas très sympathique.

3 décembre [1944]

Visite de Gaumont. Il me dit que la position de Bouchard n'est pas bonne. En outre, il s'est rendu antipathique à tous les membres de cette commission. Il ne croit pas qu'il s'en tirera. Moi qui en sais plus sur lui que ses juges, je ne peux pas trouver imméritée la conclusion de son attitude.

5 décembre [1944]

Je vais voir au Louvre la tapisserie de Bayeux, la broderie plutôt. C'est vraiment une fort jolie pièce. Et c'est une pièce d'amateur! Surtout très bien de couleur. Est-ce la princesse qui a composé? Ou n'est-ce pas quelque moine? Ça a dû être fait comme encore de nos jours les dames font des broderies sur des dessins qu'on leur fournit.

Je vais serrer la main à Mortreux, rue de Valois. Très gentil, comme toujours. Tout est sens [dessus] dessous. La rue de Valois va être réservée à l'architecture que doit diriger Danis. Les autres services iront rue de l'Université. Il n'y aura plus de directeur des Beaux-Arts, mais un directeur général des Lettres et des Arts et des directions limitées : Danis à l'architecture, Robert Rey aux arts plastiques, Bourdet, théâtre et musique, Duhamel aux lettres.

À propos de l'épuration, l'impression est mauvaise pour Bouchard, Beltran, Jaudon. Je défends chaudement les deux derniers. Beltran, évidemment, les apparences sont graves. Jaudon, même pas les apparences. Mais ni l'un ni l'autre ne sont fautifs.

À l'Institut, mise au point du prix Dampt. Comme pour cette première année, il manquait cinq mille frs., il a fallu que nous proposions, sculpteurs, de les ajouter, sur mes suggestions. Alors Boschot a dit qu'il pourrait faire ce complément.

Pontremoli est revenu magnifique de santé. Et toujours d'attitude concave, donnant la main en vous tenant à distante respectueuse. On l'a accueilli chaudement.

6 décembre [1944]

Réunion organisée par Maxime Leroy, à l'Hôtel P[rin]ce-Albert, où tous les mercredis, il se réunit avec ses amis, amiral Richard, Augé-Laribé, Pou[ ?], le sculpteur, et d'anciens rédacteurs au Temps. Il avait convoqué un professeur d'histoire américain. Lequel fut questionné amplement et sans réserve. Le traitement trop bienveillant des prisonniers allemands a été un des principaux thèmes. Question de principe, pour les Américains. Également, question de réciprocité. Le questionné était cependant embarrassé certainement. En fin de compte, pas bien intéressant ces parlotes. Elles ne valent pas qu'on soit si mal assis, qu'on y boive de la si mauvaise bière.

8 décembre [1944]

C'est vraiment singulier que des dispositions aussi scandaleuses prises par Vichy, que la suppression pure et simple du droit d'auteur aux compositeurs ayant fait la musique d'un film, soit maintenue par l'actuel gouvernement! Par l'autorité du gouvernement, des contrats signés, réguliers, exécutés, sont annulés au bénéfice unilatéral du producteur-capital. Que les musiciens, dont les dits producteurs utilisent le travail, crèvent de faim.

Travaillé au marbre de la g[ran]de Duchesse[1]. Passionnant, bien que mon praticien ait fait bien des fautes graves.

9 [décembre 1944]

Journée à retoucher le plâtre du grand Cantique. Ces agrandissements à la machine ne sont excusables qu'à la condition d'être repris de près.

Je rencontre Lamblin qui va passer devant la commission d'épuration des fonctionnaires. Il me demande de lui servir de témoin. Je lui ai dit les raisons qui me faisaient préférer ne pas revenir devant cette commission, mais que si il y tenait absolument, je viendrai. Il me dit qu'il me comprenait, qu'une lettre lui suffirait.

10 décembre [1944]

Buste de la gr[an]de Duchesse.

Bouchard me téléphone. Il me demande de lui écrire une lettre pour la commission. Quelle lettre? Pour dire quoi? J'ai déjà, bien que n'y croyant pas, écrit directement pour suggérer une autre possibilité pour les Allemands d'avoir été renseignés sur l'incident Desvallières. Je n'ai aucune raison d'écrire encore.

Réunion de belles dames titrées, chez Baudy. Il y avait le général Huraux[2], le procureur Cassagneau, qui présidait le procès de Riom. Le général Huraux parle de l'épuration dans l'armée, qui se fait avec une légèreté excessive. Il s'agit, peut-être un peu trop aussi, de donner des grades définitifs à des ignorants. La qualité technique de bien des officiers actuels est d'une nullité totale. Le procès de Riom, en résumé, tournait au procès Pétain et de tout l'É[tat] M[ajor] de 1939. L'état de l'aviation, entre autres était réellement un état néant. Il n'y avait, m'affirme le procureur Cassagneau, qu'un avion de bombardement à grand rayon d'action. En France! France grande puissance!

Poughéon me parle avec grande liberté d'esprit de sa suspension. Il en rit presque. Je crois, qu'au fond, il n'est pas mécontent d'être débarrassé de cette direction difficile.

11 décembre [1944]

Michel-Ange. Comme je travaille lentement!

De Moscou, on annonce que de Gaulle a signé avec Staline. Comme contrepartie, il y aurait une prochaine mobilisation en France.

12 décembre [1944]

Je remets à Bouchard copie de la lettre que j'ai adressée au président de la commission d'épuration de la rue de Valois. Il l'a prend avec une véritable âpreté. Que cet homme m'est devenu antipathique! Tout est faux et louche. Tournaire me disait qu'il lui a demandé de tripoter les procès-verbaux du comité des A[rtistes] f[rançais]! où il faisait, comme président, des déclarations collaborationnistes cent pour cent.

Jacques[3] nous dit, pour la énième fois, que des modifications ministérielles vont être faites. Teitgen, de Menthon sauteraient. Schumann remplacerait Teitgen...?

À l'Institut, il y a toujours pas mal d'apartés. Les questions d'épuration en font l'objet. On parle d'une encore nouvelle commission, professionnelle, que composerait le ministre Capitant et qui examinerait l'attitude des artistes libres, non-fonctionnaires. L'initiative de cette dernière révision viendrait du F[ront] n[ational] dont fait partie Montezin. La guerre. La situation est telle, en Italie que Mussolini abandonnerait le Nord et se replierait en Allemagne.

Mais ce qui a dû être extraordinaire, c'est ce banquet d'adieu que Staline a offert au général de Gaulle, dans une salle du Kremlin, salle de porphyre avec des colonnes de porphyre entre lesquelles étaient tendues des tapisseries tissées d'or. Décor d'époque byzantine. J'imagine très bien. Je pense à ce scénario d'opéra (dont le fond serait la querelle des images) que je voudrais écrire pour Marcel. J'ai ma documentation.

13 décembre [1944]

Marbre de la grande Duchesse[4].

Je lisais la vie de Michel-Ange. Cette toile étonnante d'audace, cette Léda puissante comme la Nuit, voluptueuse comme l'Aurore, il la peignait pendant le siège de Florence, alors qu'il assumait lui-même la direction des travaux de fortification et la défense. Comment s'étonner que dans cette oisiveté lancinante des périodes tragiques, tant d'œuvres qui ne sont en rien écho des événements soient conçues, réalisées. Même que ces œuvres aient un caractère érotique, c'est comme une sorte de protestation contre l'anéantissement monstrueux des choses et des êtres.

15 décembre [1944]

Quand un fou influence, contamine tout son entourage, quand son entourage se met à déraisonner comme lui, il n'est plus fou. C'est le cas d'Hitler et de l'Allemagne, après le cas Mussolini. Nul doute que ces deux hommes soient deux fous. S'ils n'étaient pas fous, jamais, après leur conquête du pouvoir, ils ne se seraient lancés dans la guerre. Étaient alors considérés comme fous dangereux, ceux qui ne voulaient pas la guerre. Malheureuse humanité!

16 décembre [1944]

Tout le long des trottoirs, boulevard S[ain]t-Germain, la foule était massée. On attendait le général de Gaulle retour de Russie.

18 déc[embre 1944]

Mme Napp vient me voir avec un de ses amis, M. Meunier, grand marchand d'antiquités. Ce m[onsieur] parait excessivement intéressé et m'annonce qu'il me conduira prochainement des amis à lui américains dont le directeur d'un grand musée. La petite tête couchée que j'appelle Nocturne parait le retenir surtout. Le buste de la gr[an]de Duchesse aussi fait grand effet. Quant au Cantique, c'est toujours le même effet très grand.

Mais voici que les dépêches-radios annoncent une violente contre-offensive allemande qui semble avoir surpris nos amis américains. En même temps leur radio laisse entendre l'emploi d'armes nouvelles, les fameuses armes nouvelles...? Le dernier bluff. L'ennemi semble cependant marquer un point assez sérieux.

20 décembre [1944]

Sonnerie insistante à la porte de la cour. J'imagine que personne n'est là pour ouvrir. J'y vais. Un grand gaillard, en cheveux, le nez en l'air, l'air assez insolent était entré. Il me demande si je suis M. L[andowski]. Sur ma réponse affirmative il m'exhibe une carte d'identité, ajoutant "police". Je devine aussitôt qu'il s'agit de l'enquête de police sur le fameux, trop fameux, voyage d'Allemagne. J'invite mon visiteur glabre à entrer. Dans le salon, sans s'asseoir, il me demande à nouveau si je suis bien M. L[andowski]. Puis il me dit :

— Vous avez été arrêté déjà?

— Et pourquoi l'aurais-je été? Pas plus que vous je n'ai volé ni tué.

— Vous avez fait un voyage de propagande en Allemagne.

— Aucun voyage de propagande. J'ai été invité à un voyage d'étude des établissements scolaires qui, m'avait-on assuré, aurait comme corollaire une libération importante de prisonniers artistes, élève de l'École des B[eau]x-A[rts] et anciens élèves.

— Je suis chargé d'enquêter à ce sujet.

— Bien, asseyiez-vous.

Et je lui raconte toute l'histoire. Cependant il consultait un dossier.

— C'est curieux, tout de même, me dit-il. On me donne un dossier où il n'y a rien dedans.

— Qu'à cela ne tienne, je vais vous le grossir.

Je vais lui chercher les documents que, sur les bons conseils de Benj[amin], j'ai réunis. Il prend des notes. Me demande de lui indiquer des témoins. À ce moment j'aperçois Hiliaker[5].

— Tenez, lui dis-je. C'est comme un fait exprès. En voici précisément un, réfractaire, que j'ai caché six mois ici.

Alors il lui donne une convocation pour le lendemain au commissariat de police de Boulogne. Il en voudrait un autre. Je lui indique mon voisin M. Laurens. Puis il s'en va, beaucoup plus poli qu'à son arrivée. Le soir je reçois aussi une convocation pour le lendemain au commissariat.

La poussée allemande semble insister. Aussi extraordinaire que cela soit, les Américains-Anglais ont été surpris. Les Allemands s'approcheraient de la Meuse, direction Liège. Strasbourg serait en danger. Et naturellement les pessimistes recommencent.

Travail à Michel-Ange.

21 décembre [1944]

J'ai passé ma matinée, dans ce commissariat, à dicter, à un jeune inspecteur, en présence de deux autres, l'histoire de mon voyage en Allemagne. L'atmosphère était sérieuse mais nullement antipathique. Même impression que rue de Valois. Jeunes ardents et de bonne foi. Pendant mon "interrogatoire", est arrivé le commissaire de police. Très déférent, il me salue. On lui montre le dossier "où il n'y a rien dedans" avait redit celui auquel je dictais. En se retirant, le commissaire me dit :

— Mon cher maître, nous allons crever cet abcès.

Peut-on imaginer plus triste milieu que ces bureaux de commissariat, ces couloirs où poireautent pendant des heures, sur des bancs de bois, des tas de gens résignés et las, tandis qu'autour s'agitent, vont viennent, inspecteurs, agents, policiers, bureaucrates, et de temps à autre, une petite dactylo aux hanches ondulantes...

Après-midi, au grand Cantique.

Puis à France-Pologne, où nous nommons M. Charpentier président. Où nous envisageons, pour le printemps, une exposition des artistes polonais en France.

22 décembre [1944]

Journée au grand Cantique, dans ce plâtre mou, assez ingrat à travailler.

Déjeuner avenue de l'Opéra, au Cercle républicain, où [Adrien?] Guillot, médecin de la Chambre, disait qu'à l'Assemblée consultative, dont il suit les séances, leur grande médiocrité dominait. Personne ne sort de la moyenne. Schumann vers lequel on comptait, n'a fait aucune impression.

Malgré le sérieux de l'attaque allemande et de progrès certains réalisés, personne à ce déjeuner n'était inquiet. Il n'y a certainement aucune raison de l'être. On est seulement bien étonné qu'on les ait laissé obtenir un succès, même léger.

23 décembre [1944]

Toute la journée au grand Cantique. J'ai eu horriblement froid.

24 [décembre 1944]

Buste de la gr[an]de Duchesse.

L'après-midi, Lacour-Gayet venu me voir. Il me disait, comme je lui demandais s'il était vrai que les Allemands avaient réoccupé Luxembourg, que Radio-Luxembourg marchait toujours.

25 décembre [1944]

Mon pauvre Beltram-Massés est toujours fort malade. Comme je le questionnais sur la situation espagnole peinte dans nos journaux comme très grave, il me dit que rien n'était vrai. Le pays est très calme. Une chose est certaine : le retour à la monarchie est décidé. Il aura lieu au moment opportun. Il y a toujours des éléments anarchiques en Espagne. Ce sont ces milieux qui financent les annonces dans nos journaux. Ils ont beaucoup d'or.

Von Rundstedt [6] est stoppé. Les Américains ont lâché plus de 3 000 avions sur ses troupes.

29 décembre [1944]

Déjeuner dans une brasserie du quartier S[ain]-Paul, organisé par Maxime Leroy, en l'honneur de M. Mackenski[ ?], de la fondation Rockfeller. J'étais en face de Mauriac, à côté du Dr Lesavoureux. Il y avait le Dr Debray, Guéhenno, M. Ledoux (que j'ai connu à Rome, agent consulaire en Espagne, je crois), le fils de Valéry, (industriel, que j'ai pris un moment pour Thiébaut de la Revue de Paris) Brébant, toujours avec son allure d'évêque bienveillant. Max Leroy, en saluant M. Mackenski, invite tous les convives à le questionner tour à tour sur tous les points, quels qu'ils soient qui intéressent la France et l'Amérique. M. Mackenski a l'aspect un peu levantin. Il est plutôt petit, très brun, cou court, presque l'aspect d'un marchand juif de bazar. Aux questions posées, il répond fort judicieusement, ne se précipite pas dans ses réponses, choisit bien ses termes, et en fin de compte, des questions comme des réponses, il ne ressort pas grand chose. Durée de la guerre, attitude de l'Amérique vis-à-vis de l'Europe et particulièrement de la France, après la guerre, — opinion de l'Amérique sur la France actuelle — reproches que la France peut faire à l'Amérique, etc. Ce sport amuse Maxime Leroy.

Fin de journée, passée encore aux retouches du grand Cantique, je retrouve Lily[7] chez les Émile Mâle. Il a appris que tout le matériel d'impression de son ouvrage sur l'Art Religieux du M[oyen] Â[ge] en France, avait été détruit à Lisieux par un bombardement américain. En attendant que les événements permettent de le reconstituer, il travaille à un résumé en un volume.

30 décembre [1944]

Le déjeuner annuel avec Marguerite Long. Nous avons demandé à Paul Léon et à Jean-Paul de venir.

Après-midi, à l'exposition du Douanier Rousseau qu'on a organisée au palais de Tokyo. Du public dans ces salles sinistres auxquelles les puérilités exposées n'ôtaient aucun sinistre, hélas! C'est vraiment le triomphe de l'imbécillité.

Le matin, j'avais reçu la visite de ce Willie Roggers [?] qui balade dans les ateliers de Paris un marchand de charbon, qui répond au nom de M. Alexandre [ ?], et échange du charbon et du bois contre des tableaux et des sculptures. Il ne veut pas qu'on le paie en argent. W. Roggers l'a aussi mené chez Picasso, Gromaire, Goerg, etc. Picasso vend de toutes petites toiles plus de 300 000 F!

— Gromaire, me dit-il, commence à bien vendre, depuis que Carré l'a pris en mains...

Tout ça laisse rêveur.

Et voilà que je reçois du "Front national" une invitation à une réunion qui doit se tenir, organisée pour ledit Front, dans l'amphithéâtre Delaroche...

31 décembre [1944]

Visite de Lagriffoul. Il vient me souhaiter une bonne année 1945. Elle n'aura pas de mal à être meilleure que 1944, hélas! Quelle année que celle-là qui s'en va!

Bavardage. Surtout sur le mouvement artistique actuel. On a toujours tendance à imaginer que son époque est unique, unique généralement dans le pas bien. Pour les arts, je crois pourtant que jamais en effet pareil bas-fond [n']avait été atteint. Il me racontait, par ex[emple], l'histoire du marchand Petridès et d'un Picasso acheté par lui, en vente publique 25 000 F. Deux gaillards viennent chez lui, mitraillette à la main, lui reprennent de force le tableau, protestant qu'il n'est pas admissible qu'un Picasso acheté 25 000 F soit laissé aux mains d'un marchand ou encadreur!

Il me raconte, d'après les témoins directs, les débuts de la libération 3 rue de Valois. Cette libération amena au fauteuil directorial le nommé Billet. Celui-ci amena comme secrétaire particulier ou peut-être comme surveilleur le nommé Fougeron, ce petit peintre plus ou moins cubiste, sans valeur personnelle; mais que la valeur de nos vrais soldats, et son adhésion au Front national, un certain bagout politique, poussent comme meneur au F[ront] n[ational]. C'est ce grand garçon, ignorant et prétentieux, qui, Billet regnante, dirige les Beaux-Arts. La grande pensée du règne était de tout réformer à l'École des Beaux-Arts, qui, comme chacun sait, représente le néant. Mais que faire? Billet, Fougeron et ses copains se trouvèrent bien embarrassés. D'abord, bien entendu, remplacer professeurs, directeurs par les grands hommes du F[ront] n[ational]. On annonça même la nomination d'André Lhote comme directeur, de Gromaire. Goerg comme professeurs, etc. Ça, c'était facile à dire, si moins facile à réaliser. Mais des réformes! Quelles réformes, mais là, des réformes vraiment nouvelles. Si on appelait les élèves? Ils donneraient des idées. C'est ainsi que Alauzet pour les sculpteurs, Castaing pour les architectes, furent reçus dans le bureau directorial de Fougeron et un autre dont Lagriffoul n'a pas su me dire le nom.

— Rien ne va dans cette École, n'est-ce pas?

— Mais ça ne va pas si mal que ça.

— Quand même, vous désirez certainement des changements. Lesquels?

Les deux garçons restent évasifs.

Enfin, leur dit Fougeron, dites-nous ce que vous désirez. C'est accordé d'avance.

— Eh bien! voilà! dit Alauzet, nous aimerions bien que nos ateliers soient chauffés, et avoir plus de séances de modèles vivants.

Le grand diable de Fougeron lève les bras au ciel :

— C'est tout ce qu'ils trouvent! Avoir plus de séances de modèle!

Et l'entretien en resta là. Hilaire ou Huisman n'auraient pas dit mieux.

Après-midi, visite du gentil Pierre Bertrand et de sa femme. Il vient du Dauphiné. Il nous raconte des choses effroyables si elles sont vraies. Il assure que des femmes accusées de collaborationnisme excessif ont été saisies par des bandes, fichues entre deux planches et sciées vives avec des scies hélicoïdales. Il assure qu'on a arraché les yeux à d'autres, avec des cuillères enfoncées dans les orbites. Est-ce vrai? Mais est-ce vrai? Vengeances affreuses de gens qui avaient été dénoncés ou parents de malheureux déportés. Quand on sait les traitements infligés aux femmes déportées, dans certains camps, on comprend, chez des êtres directement touchés, des réactions aussi horribles, sur le moment.

Comme toujours le général de Gaulle fait un discours magnifique.

 

[1] Duchesse de Luxembourg.

[2] Louis Hurault( ?).

[3] Jacques Chabannes.

[4] Duchesse de Luxembourg.

[5] Henri Illiaquer, gendre de Marie Cau.

[6]. Maréchal allemand, qui dirige l'ultime offensive dans les Ardennes.

[7] Amélie Landowski.