Juin-1926

Cahier n°21

3 [juin 1926]

— Tu connais ton père, disait Marie S[cheikevitch] à Lily. Tu sais bien qu'il voulait coucher avec toutes les amies de ta mère, et même avec les tiennes. Veux-tu savoir la vraie raison de mon suicide raté? Après que tu m'as présenté à ton père pour mon divorce, le soir, quand je suis rentrée chez moi, sa secrétaire m'a téléphoné de sa part pour me dire ceci : que M. Cruppi voulait me revoir tranquillement pour parler de [...] des détails, et qu'il m'invitait à déjeuner le lendemain au restaurant où on aurait plus de temps. J'y suis allée et vers la fin du déjeuner, tout à coup, il a essayé de me violenter. J'ai été alors tellement désorientée, dégoûtée de tout, que je me suis tirée une balle de revolver.

4 [juin 1926]

Il paraît que ma cravate de commandeur peut me coûter mon élection. Buland, que je croyais un vrai ami, se conduit d'une manière assez louche. C'est un plus que médiocre, donc un envieux.

5 [juin 1926]

Pas drôle, l'atelier de La Guillermie où j'ai attendu les résultats de l'élection. Tout c'est assez bien passé. Mais au premier tour Dubois tenait la tête. 13 voix contre 12 à moi! Il est vrai que 3 partisans me manquaient dont Baschet. Puis j'ai pris la tête et j'ai entendu avec joie crier mon nom par Bigot, venu aux nouvelles [1].

24 [juin 1926]

À déjeuner, le père de Lily. J'aurai bien voulu avoir une conversation avec lui. Impossible. Après le déjeuner, il s'est littéralement sauvé, prétextant qu'il avait beaucoup d'occupations.

26 [juin 1926]

Lettre de M. Cruppi annonçant qu'il s'est marié hier. Il dit écrire aussi à Lily. Il faut dire que cela a été fait fort habilement et que pour la dissimulation c'est un cas. Des gens comme ça auront toujours raison de ceux qui sont sincères. Ça ne va pas être très agréable de passer cet été à Luchon, tout près de Lamaguère où ils vont passer leur lune de miel. Lui, la passion l'excuse un peu. Mais cette fille!

30 [juin 1926]

Première leçon d'auto. Ça va me faire perdre un peu de temps.

 

[1]    . Courrier du 5 juin 1926, du secrétaire perpétuel de l'Académie à Monsieur Landowski; Membre de l'Institut.

      "Monsieur et très honoré confrère, J'ai l'honneur de vous informer que l'Académie des Beaux-Arts, en sa séance de ce jour, vous a élu à la place vacante dans la section de sculpture par suite du décès de M. Allard.

      Aussitôt que l'Académie aura reçu l'a[...] du décret approuvant votre élection, je m'empresserai de vous inviter à prendre part à nos travaux.

      Veuillez agréer, Monsieur et honoré Confrère, l'assurance de ma haute considération et de mes sentiments dévoués." signé Widor. Lettre rangé dans le cahier.